Un balbuzard pêcheur séjourne 17 jours dans la réserve naturelle de Mont-Bernanchon en 2018

Jacques Buvat, Françoise Buvat et Luc Vannobel.

Longtemps persécuté pour son impact négatif sur la pêche et la pisciculture, le Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), que nous qualifierons ici plus simplement de « BP », reconstitue lentement ses effectifs en France depuis la loi de Juillet 1976 qui instaura la protection des rapaces. L’espèce est encore peu abondante chez nous. La plupart des BPs que nous observons dans les Hauts de France sont des oiseaux d’Europe du Nord, spécialement de Scandinavie où ils ont été moins décimés. Ces oiseaux traversent notre région dés la fin de l’été (Août à Octobre), au cours de leur migration annuelle. C’est en effet en Afrique de l’Ouest que la plupart des BPs européens, y compris les français, passent l’hiver, d’Octobre à Mars. Les mêmes BPs traversent de nouveau la France de Février à fin Avril, cette fois en sens inverse, lors de leur retour vers leurs sites de nidification.

Il n’est pas exceptionnel pendant ces périodes migratoires d’observer un BP sur le Dépôt 54 (D54), bassin le plus vaste de la Réserve de Mont-Bernanchon (MTB), surtout en automne. Mais en tel cas le séjour de l’oiseau est bref, un à maximum trois jours. Même en période de migration, des haltes plus longues ne sont observées que sur des sites pourvus d’une surface d’eau beaucoup plus importante qu’à MTB. Comme, dans notre région, la Réserve des marais de Cambrin ou celle de Ploegsteert. Nous rapportons ici un épisode exceptionnel à cet égard pour MTB, pendant lequel un Balbuzard a séjourné sur le D54 au moins 17 jours consécutifs en Septembre 2018.

Des photos de l'époque illustrent nos observations. Leur qualité n’est pas toujours exceptionnelle, loin s’en faut. Mais il n’était pas dans notre intention de n’afficher que des « top-clichès » reproduisant au détail prés les illustrations des meilleurs guides ornithologiques. Nous souhaitions aussi présenter des clichés moins typiques, illustrant à quel point l’image photographique d’un même oiseau (toutes les photos de BP de cet article se rapportent à ce seul individu) peut varier selon sa distance, son éclairage, et l’incidence de la prise de vue. Nous avons toutefois aussi souhaité, grâce à nos meilleurs clichés, aider le lecteur à identifier ce bel oiseau, et ses différents stades de vie.

Au cours de cet automne 2018, le D 54 (ou « 54 ») bénéficiait dés avant l’arrivée de ce BP d’une surveillance ornithologique régulière de notre part, bien sur exercée de la façon la moins intrusive possible. Le dortoir d’aigrettes situé sur un ilot du 54 faisant face à son observatoire était encore très fréquenté. Nous continuions d'y réaliser régulièrement des comptages des aigrettes qui y passaient la nuit. De plus, un couple de Bihoreaux gris qui passait l’été pour la deuxième année consécutive dans la Réserve de MTB s’y reproduisit cette année là. Dés avant l’arrivée du BP, nous avions commencé d’apercevoir 2 juvéniles passant au vol le soir, particulièrement pendant nos séances de comptages des aigrettes.

Chronologie du séjour du balbuzard

Première observation le 10 Septembre 2018. Du 10 au 27 Septembre, sauf les 16 et 23, une ou deux visites chaque jour d’un ou plusieurs des 3 auteurs de ce rapport à l’observatoire du 54. Les observateurs y sont au moins partiellement cachés à la vue des oiseaux. BP vu chaque fois à une ou plusieurs reprises au cours de la journée sauf le 13 Septembre. Le plus souvent le matin (au moins 10 fois, de 8 à 13h), mais souvent aussi en fin de journée (au moins 8 fois, de 17h à 20h30).

Du 28 au 30 Septembre nous étions hors région et n’avons pas pu visiter le 54. Les visites quotidiennes ont repris du 1er au 4 Octobre, puis ont été plus espacées. Mais après le 27 Septembre nous n’avons plus revu de BP sur le 54, ni sur aucun autre Dépôt de la Réserve. On peut donc conclure que ce BP a passé 17 à maximum 20 jours à MTB.

Arrivée du balbuzard a Mont-Bernanchon

Grand cormoran (Great Cormorant, Phalacrocorax carbo) perché à la cime du dortoir fréquenté par l'espèce, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Grand cormoran (Great Cormorant, Phalacrocorax carbo) perché à la cime du dortoir fréquenté par l'espèce, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Une image familière sur le Dépôt 54. Un bouquet des très grands peupliers se situe à son extrémité Nord-Est. Cette photo n'en montre que la cime. Les Grands Cormorans en ont fait leur dortoir. En 2018, suite à un élagage, le peuplier le plus haut était surmonté d'une longue branche morte presque verticale, sur laquelle les Grands Cormorans, dont on voit sur la photo la silhouette d'un individu typique, aimaient se percher pour repérer leurs proies, puis s'y faire sécher. On peut voir via l'outil recherche par mot clé et le mot clé Grand cormoran une photo complète de ce dortoir.
Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) perché au sommet du dortoir des Grands Cormorans, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) perché au sommet du dortoir des Grands Cormorans, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Le 10 Septembre 2018, c'est un gros oiseau inhabituel que nous découvrions sur la "grande perche" dépassant du dortoir des Grands cormorans. Sa grande taille et son dessous pâle nous firent d'emblée suspecter un Balbuzard pêcheur.
Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) se posant sur la cime du dortoir des Grands Cormorans de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) se posant sur la cime du dortoir des Grands Cormorans de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Les premiers jours, la grande perche devint le point central de l'activité du BP. On le voit ici s'y poser au retour d'un vol circulaire d'exploration. Il y passait aussi beaucoup de temps à scruter les eaux du dépôt pour repérer ses proies potentielles.
Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) plongeant depuis son perchoir du Dépôt 54 vers la proie qu'il vient de repérer dans l'eau, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) plongeant depuis son perchoir du Dépôt 54 vers la proie qu'il vient de repérer dans l'eau, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Un spectacle que nous aurons l'occasion d'observer à plusieurs reprises, alors suivi de succès dans prés de la moitié des cas, avant que les choses les choses se gâtent pour le BP.
Grands Cormorans (Great cormorant,Phalacocrorax carbo), Dépôt 54 de la Réserve naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Grands Cormorans (Great cormorant,Phalacocrorax carbo), Dépôt 54 de la Réserve naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Une dizaine de Grands Cormorans séjournaient à l'époque sur le Dépôt 54. On en voit ici 5 se reposant sur la berge d'un ilot de ce dépôt où ils se posaient souvent. Un conflit avec le Balbuzard ne tarda pas à se déclarer.
Grand Cormoran (Great cormorant, Phalacocrorax carbo)) jaillissant de son dortoir pour empêcher un Balbuzard pêcheur(Osprey, Pandion haliaetus) de s'y poser.Grand Cormoran (Great cormorant, Phalacocrorax carbo)) jaillissant de son dortoir pour empêcher un Balbuzard pêcheur(Osprey, Pandion haliaetus) de s'y poser. Lors de sa pose sur la grande perche, le BP n'avait pas eu le temps d'assurer son équilibre qu'il était violemment agressé par un Grand Cormoran. On le voit redéployer aussi tôt ses ailes pour fuir. Un spectacle qui s'est souvent répété à partir de son 3éme jour de sa présence. Heureusement pour lui, les Cormorans n'étaient pas toujours là. Il dut cependant peu à peu à peu en venir à utiliser d'autres postes de guet, un peu moins performants mais plus sécures.

Stade de vie du balbuzard observé

S’agissait-il d’un adulte ? D’un Juvénile ? Quel était son sexe ? Ces éléments peuvent souvent être déterminés en détaillant le phénotype de l’oiseau (ici son apparence). Pour mieux illustrer la réponse à cette question dans le cas présent, nous nous réfèrerons à 3 photos que nous avons pu prendre presque « à bout portant » : le BP patrouillait d’Est en Ouest, en vol très bas, frôlant la surface de l’eau, mais aussi fort prés de notre objectif, car il ne nous avait pas vus, cachés comme nous l’étions derrière les parois de l’observatoire qu’il longeait.

Balbuzard pécheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile en vol, Dépôt 54,  Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pécheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile en vol, Dépôt 54, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. On découvre sur cette photo un oiseau puissant, aux ailes très longues et relativement étroites, caractéristiques de l'espèce. L'effet loupe lié à sa proximité de l'objectif augmente artificiellement, son aspect massif. Pour déterminer l'âge d'un BP, 3 parties du corps doivent être observées attentivement: le dessus des ailes et du corps, le dessous des ailes, et la tête de l'oiseau. En ce qui concerne le dessus du corps, on remarque de suite le contour pâle des plumes, responsable d'un aspect "écailleux", caractéristique des juvéniles. Noter aussi les quelques stries sombres au niveau de la calotte, alors que celle-ci est totalement blanche chez l'adulte.
Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), probable juvénile survolant le  bassin 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), probable juvénile survolant le bassin 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. On retrouve ici l'aspect écailleux des parties supérieures, mais on peut aussi observer le bord de fuite des ailes, parfaitement régulier, sans plume abimée ni signe de mue, donc aussi en faveur d'un jeune oiseau. En plus des stries sombres de la calotte blanche, déjà signalées, et de la prédominance claire du dessous de l'aile gauche, lequel serait noirâtre chez un adulte. Tous ces éléments plaident en en faveur d'un juvénile.
Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile en vol, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de FranceBalbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile en vol, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France L'aile droite, étendue perpendiculairement à l'objectif, dégage à la vue le dessous de l'aile gauche. Ce qui découvre des grandes couvertures sous-alaires blanc nettement barré de sombre, et des rémiges secondaires pâles également barrées de sombre. A noter encore la tonalité jaune chamois des parties les plus claires du dessous de l'aile, un autre critère, cette fois mineur, du stade juvénile. Enfin, au niveau de la tête, on doit aussi porter attention à l'œil, plus spécialement à l'iris, qui est sa partie colorée. Celui-ci est jaune orange, comme chez les juvéniles, et ne deviendra jaune vif, plus clair, qu'une fois le stade adulte acquis. Tous les critères morphologiques du Balbuzard pêcheur juvénile sont donc réunis chez notre oiseau.

Comme illustré par les photos ci-dessus, tant le plumage de notre visiteur (spécialement l’aspect écailleux de son dos, la persistance de quelques stries foncées sur sa calotte, le bord de fuite parfait des ailes, la prédominance claire de leur dessous, assortie d’une tonalité jaune chamois, les grandes couvertures sous-alaires et les et les rémiges secondaires barrées de sombre plaidaient en faveur d’un juvénile ou d’un immature. Il en était de même de la couleur de son iris, jaune foncé ou orange selon l’intensité de l’éclairage, alors que le jaune aurait été nettement plus clair chez un adulte. Nous verrons plus loin une autres photo permettant aussi de présumer que ce BP était de sexe féminin, bien qu’à ce stade il ait encore été trop tôt pour l’affirmer.

Principaux comportements observés pendant le séjour du balbuzard

Outre ses démêlés avec les Grands Cormorans (GRC, Great cormoran, Phalacocrorax carbo) sur lesquels nous reviendrons plus en détail dans la section suivante, consacrée aux interactions avec les autres espèces, nous avons assisté à diverses activités de sa vie quotidienne, bien sûr centrées sur sa recherche de nourriture.

Séances de guet

Avant tout des séances de guet souvent prolongées, destinées à localiser ses proies, soit depuis un perchoir, soit en vol battu ou plané, parfois sur place, d’autres fois patrouillant autour du Dépôt.

Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile tentant de repérer une proie tout en planant contre le vent lors d'un matin brumeux. Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon. Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile tentant de repérer une proie tout en planant contre le vent lors d'un matin brumeux. Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon. Spectacle magnifique que ce grand aigle scrutant intensément la surface de l'eau. sombre dessus et principalement clair dessous, quoique fortement barré de noir au niveau des grandes couvertures sous-alaires et des rémiges secondaires. Noter aussi la grande taille de la tâche sombre qui orne sa poitrine, suggérant qu'il puisse s'agir d'une femelle, dont les caractéristiques distinctives du mâle sont une plus grande taille, et une plus grande surface de cette tâche sombre.
Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile  scrutant la surface du Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, à la recherche de son poisson quotidien.Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile scrutant la surface du Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, à la recherche de son poisson quotidien. Aspect inhabituel de "notre" Balbuzard planant à la limite des nuages un jour de grand soleil. Vues à contre jour, les plumes encore claires de ses ailes et de sa queue s'illuminent.
 Balbuzard pêcheur (Osprey Pandion haliaetus) juvénile  photographié quelques secondes avant de fondre sur la proie qu'il venait de repérer. Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Balbuzard pêcheur (Osprey Pandion haliaetus) juvénile photographié quelques secondes avant de fondre sur la proie qu'il venait de repérer. Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Les couleurs généralement froides du Balbuzard sont ici réchauffées par l'intensité der l'exposition solaire. On perçoit par ailleurs dans l'attitude de l'oiseau son effort de concentration sur la surface de l'eau, à ce moment critique dont va dépendre sa ration alimentaire du jour.

Séances de pêche

Nous avons aussi observé une dizaine de séances de pêche complètes, le plus souvent fructueuses. Il nous a semblé que les poissons capturés étaient souvent des Rotengles (Common rudd, Scardinius erythrophtalmus), selon la couleur rouge vif de leurs nageoires, ou des Gardons (Roach, Rutilus rutilus), chez lesquels cette couleur est moins intense. A vrai dire ces espèces font partie des plus courantes à MTB. On trouvera ci-dessous des photos illustrant 3 de ces épisodes de pêche.

Nous étions habitués à de tels spectacles de pêche, que nous observons chaque hiver au Sénégal, sur la lagune de la Somone, depuis une pirogue ouverte. Plus de 50 BPs y hivernent chaque année. De façon inattendue, nous nous sommes trouvés à MTB dans de meilleures conditions pour les photographier, comme en témoignent certains de nos clichés. En effet, les parois de l’observatoire nous cachaient souvent à la vue du BP, et permettaient donc de prendre les photos de plus prés. Tandis qu’au Sénégal, il nous est rarement possible d’ approcher autant ces oiseaux farouches.

Premiére séance de pêche, au lendemain de l’arrivée du BP

Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) plongeant depuis son perchoir du Dépôt 54 vers la proie qu'il vient de repérer dans l'eau, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) plongeant depuis son perchoir du Dépôt 54 vers la proie qu'il vient de repérer dans l'eau, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Un spectacle que nous aurons l'occasion d'observer à plusieurs reprises, alors suivi de succès dans prés de la moitié des cas, avant que les choses les choses se gâtent pour le BP.
 Balbuzard pêcheur juvénile en action de pêche (Pandion haliaetus (Osprey), Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Balbuzard pêcheur juvénile en action de pêche (Pandion haliaetus (Osprey), Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Le balbuzard atteint l'eau au niveau de la roselière, et y parcourt les derniers mètres qui le séparent de sa proie. A noter de nouveau la strie sommitale sombre typique du statut de juvénile.
 Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus)  plongeant dans  le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, pour y capturer un poisson. Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) plongeant dans le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, pour y capturer un poisson. Ce faisant il soulève une gerbe d'écume spectaculaire.
Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile emportant dans son envol le poisson qu'il vient de capturer,  Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile emportant dans son envol le poisson qu'il vient de capturer, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Ce poisson aux nageoires rougeâtres est probablement un rotengle (Common rudd, Scardinius erythrophtalmus), sinon un simple gardon. Le BP escalade dans son envol la ceinture d'arbres qui entoure le Dépôt. Probablement cherche-t'il-il à s'éloigner des Grands cormorans qui lui ont déjà volé plusieurs proies.
Balbuzard pêcheur juvénile ou immature en vol, apparemment trés excité tandis qu'il transporte un rotengle (Rudd, Scardinius erythrophtalmus) qu'il vient de capturer.    Balbuzard pêcheur juvénile ou immature en vol, apparemment trés excité tandis qu'il transporte un rotengle (Rudd, Scardinius erythrophtalmus) qu'il vient de capturer. Alors que le Balbuzard s'éloigne, tant son comportement agité que ses cris évoquent une forte excitation. Due au fait d'avoir cette fois échappé à la rapacité des Grands cormorans, ou simple anticipation d'un bon repas?
Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile quittant  le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, avec le poisson qu'il vient d'y capturer.Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile quittant le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France, avec le poisson qu'il vient d'y capturer. On distingue bien sur ce cliché mieux exposé la couleur rouge vif caractéristique des nageoires du rotengle capturé. Ce jeune Balbuzard voulait probablement s'éloigner du dépôt et de ses Grands cormorans pour consommer son poisson en toute tranquillité.

Autre séance de pêche, deux jours plus tard, en fin de journée

Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile  survolant le Dépôt 54 au ras de l'eau à la recherche d'une proie, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard Pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile survolant le Dépôt 54 au ras de l'eau à la recherche d'une proie, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Deux jours plus tard, je me trouvais confronté en fin de journée au spectacle impressionnant de ce bolide blanc fonçant vers moi à toute allure alors que je le fixais, l'œil rivé à ma caméra qui grossissait son image! Noter de nouveau la grande longueur longueur de ses ailes, un des éléments les plus caractéristiques de l'espèce. Les gouttelettes émanant de son plumage suggèrent qu'il avait plongé peu avant ce cliché.
Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile (Osprey) en action de pêche.
Dépôt 54 de la Réserve de Mont Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion haliaetus), juvénile (Osprey) en action de pêche. Dépôt 54 de la Réserve de Mont Bernanchon, Hauts de France. Le jeune Balbuzard vire à angle droit face à moi. Les gouttelettes émanant de son plumage montrent qu'il a plongé ou au moins frôlé l'eau il y a très peu de temps.
Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile venant de capturer un poisson sur Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), juvénile venant de capturer un poisson sur Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Après avoir échappé à ma vue quelques instants, voilà qu'il réapparait, tenant dans ses serres le poisson blanc qu'il vient de capturer.

Dernière séance de pêche observée, le 28, veille de la disparition du BP

Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) émergeant du Dépôt 54 de la Réserve de Mont-Bernanchon, en tenant dans ses serres un gros rotengle (rudd, Scardinius erythrophtalmus).Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) émergeant du Dépôt 54 de la Réserve de Mont-Bernanchon, en tenant dans ses serres un gros rotengle (rudd, Scardinius erythrophtalmus). C'est le 27 Septembre à mi- journée que nous avons assisté sous un beau soleil d'automne à la dernière pêche du BP. Alors que nous venions de le voir plonger et disparaitre sous l'eau, il en émergeait 3 dixièmes de seconde plus tard selon le chrono de ma caméra, dans une gerbe d'éclaboussures, tenant, dans ses serres un rotengle identifié par couleur rouge-orange de ses nageoires.
Envol d'un Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus)  venant de capturer un gros rotengle (Rudd, Scardinius erythrophtalmus) sur le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon.Envol d'un Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) venant de capturer un gros rotengle (Rudd, Scardinius erythrophtalmus) sur le Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon. A cette distance, l'élément le plus caractéristique du Balbuzard est de nouveau la longueur impressionnante de ses ailes, et celui du Rotengle est la couleur rouge-orange de ses nageoires. On peut aussi constater que le plongeon du BP n'a en rien perturbé les activités des Colverts, probablement déjà accoutumés aux activités du rapace.
Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) quittant le Dépôt 54 de la Réserve de Mont-Bernanchon avec le Rotengle (Scardinius erythrophtalmus) qu'il vient d'y capturer.Balbuzard pêcheur juvénile (Osprey, Pandion haliaetus) quittant le Dépôt 54 de la Réserve de Mont-Bernanchon avec le Rotengle (Scardinius erythrophtalmus) qu'il vient d'y capturer. Cette image fut la dernière que nous ayons capté de ce Balbuzard. M'ayant probablement vu le photographiant, il infléchit sa course vers l'Est, ce après quoi nous ne l'avons plus revu.

Éventuelles interactions entre le balbuzard et les autres espèces du Dépôt 54

Nous avons été trés attentifs à cette ééventualité. Mais globalement, nous n’en avons pas observé qui soient patentes, à l’exception du harcèlement exercé sur le BP par la dizaine de Grands Cormorans (GRC) occupant à l’époque le 54. Suite à quoi il est rapidement apparu que le BP craignait ces GRCs, au moins lorsqu’ils étaient plusieurs et conjuguaient leurs efforts pour le mettre en fuite. Il semblait par contre indifférent aux autres espèces. Nous ne l’avons jamais vu attaquer et encore moins consommer un autre oiseau. Classiquement les BPs ne mangent d’ailleurs que des poissons et des petits crustacés aquatiques. Les autres oiseaux fréquentant le 54 ne semblaient pas non plus manifester de crainte ni d’agressivité à l’égard du BP.

L’agressivité des Grands Cormorans vis-à-vis du BP s’est manifestée dés son arrivée. Comme on l’ont déjà illustré quelques photos précédentes, le point dominant du 54 se situait à l’époque à son extrémité Nord-Est, sous la forme une très longue branche morte presque verticale que nous avons qualifiée dans cet article de « Grande perche ». Cette « Grande perche » émergeait d’un bouquet de hauts peupliers sur lesquels les GRCs avaient établi leur dortoir. Il s’agissait d’un site idéal pour inspecter la surface de l’eau du Dépôt sis en contrebas, et y repérer les poissons qui affleuraient. Le BP tenta de se l’approprier lors de son arrivée, mais il en fut rapidement chassé par les GRC. Il put cependant le réoccuper ensuite par intermittences, soit lorsque les GRC étaient absents, soit lorsqu’ils se faisaient sécher au soleil sur les berges de l’ilot du 54, situé à l’autre extrémité du dépôt. Ce comportement agressif des GRC constitua un vrai handicap pour le BP, qu’ils poursuivaient souvent après ses captures, particulièrement pour lui voler son poisson. Nous observons souvent de tels comportements en Afrique, où Corbeaux pie (Pied crow, Corvus albus), Hérons cendrés, Grandes aigrettes et Milans d’Afrique (ou Milan à bec jaune, Yellow-billed kite, Milvus aegyptius) tentent régulièrement de s’attribuer les proies que les BPs mangent sur le sable, ou moins souvent sur un arbre.

Mais après quelques jours, notre BP visiteur développa des parades en utisant d’autres perchoirs, plus distants des GRCs, bien que moins « performants ». Ainsi qu’en s’abritant sous le couvert d’un grand saule pour manger discrètement son poisson. Et plus tard, mieux encore, en se dissimulant dans une « cache » située dans l’ombre du feuillage du dortoir des GRCs, juste au pied de la « grande perche » sur laquelle étaient souvent perchés les GRCs. Cache depuis laquelle il pouvait rapidement gagner la perche dés que les GRCs la quittaient.

Il ne nous a pas semblé, cependant, que ce conflit ait joué un rôle dans le départ du BP du Dépôt 54. Au cours des derniers jours de sa présence à MTB. un modus vivendi semblait plutôt s’étre établi avec les GRCs.

Nous avons aussi essayé de tester le plus objectivement possible l’hypothèse d’un effet « repoussoir » de la présence du BP sur certaines espèces fréquentant le D 54

On pouvait supposer qu’elles faisaient partie des plus craintives. Nous avons particulièrement testé cette possibilité en ce qui concerne les 2 espéces d’Aigrettes qu’on y observait: la Garzette (Little egret, Egretta garzetta) et la Grande (Great egret, Ardea alba). A cette époque, plusieurs dizaines de ces oiseaux rejoignaient chaque soir leur dortoir situé sur l’ilot du 54, un lieu qu’elles avaient certainement choisi du fait du sentiment de sécurité qu’elles y éprouvaient. Ce dortoir était pourtant situé dans une zone que le BP visita souvent pendant son séjour à MTB. Y compris pendant les heures entourant le coucher du soleil, qui étaient aussi celles de l’arrivée des aigrettes au dortoir ( nous l’y avons observé à ce moment au cours d’au moins 8 des 17 soirées qu’il passa à MTB).

Pour tester cette hypothèse de l'effet repoussoir, nous avons utilisé les données des comptages de ces aigrettes que nous réalisions plusieurs fois par mois le soir, lorsqu’elles retournaient à ce dortoir du D54. La méthodologie de ces comptages était proche de celle décrite dans notre article préliminaire « Variation circannuelle de la fréquentation du dortoir d’aigrettes de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon en 2016 », rapporté sur ce site.

En bref les comptages débutaient au moins 30 mn avant l’heure officielle du coucher du soleil à MTB, et se poursuivaient jusque au moins 30 mn après cette heure. Ce qui correspondait à peu près au stade de nuit noire. Les aigrettes étaient différentiées en Garzettes ou Grandes. Etaient considérées comme passant la nuit sur le dortoir les quelques aigrettes qui y étaient déjà présentes à l’arrivée des compteurs (toujours au moins 2 personnes), + celles vues s’y poser ensuite, jusque la tombée de la nuit. Les compteurs retranchaient enfin du total précédent les quelques aigrettes qu’ils avaient vu quitter le dortoir après s’y être posées, et donc avant la fin du comptage. Les données correspondantes étaient consignées sur le registre Observado au fur et à mesure de leur recueil.

Nous avons ainsi pu comparer de façon précise les taux de fréquentation de ce dortoir par chacune des 2 espèces d’aigrettes au cours de 3 périodes consécutives: les 3 semaines précédant l’arrivée du BP sur le 54, puis les 17 jours pendant lesquels le BP y fut présent, et enfin les 3 semaines suivant son départ. Les données correspondantes sont résumées ci-aprés dans le Tableau 1.

Période Dates
(2018)
Nombre de comptages N moyen Aigrettes garzette N moyen Grandes aigrettes N moyen toutes Aigrettes Jours où Bihoreau observé Jours où Busard Rx observé
Avant l’arrivée du Balbuzard 20/08
au
09/09
5 46.5 2.5 49 6 6
Balbuzard présent 10/09
au
27/09
5 38.5 17.25 55.75 8 4 dont les 3 derniers jours
Après le départ du Balbuzard 28/09
au
09/11
3 41.3 18.3 59.7 0 1 le 1/10
Dernier le 9/11
Tableau 1 : Recherche d’un éventuel impact du séjour du Balbuzard pêcheur sur la fréquentation du Dépôt 54 par les Aigrettes garzette et Grandes, les Bihoreaux gris et les Busards des roseaux.

Les données recueillies à propos des aigrettes l’ont été lors de comptages visant à établir le nombre de celles qui passaient la nuit sur leur dortoir, situé sur un ilot du D54. Ces aigrettes étaient identifiées comme Garzettes ou Grandes. Les comptages ont été regroupés en 3 périodes selon qu’ils avaient été réalisés pendant les 3 semaines précédant l’arrivée du BP, les 17 jours de présence de ce rapace sur le 54, ou les 5 semaines suivant son départ (durée plus longue de cette dernière période du fait d’une fréquence moindre des comptages à ce moment). La présentation des données sous forme de moyennes des nombres d’aigrettes comptées pendant chaque période explique pourquoi la plupart de ces nombres ne sont pas entiers.

Grandes aigrettes et Aigrettes garzette sur leur dortoir du Dépôt 54, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.
Grandes aigrettes et Aigrettes garzette sur leur dortoir du Dépôt 54, Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Illustration de nos comptages d'aigrettes: photo prise à 19h58, soit 12 mn après l'heure du coucher du soleil à MTB ce jour là, et 40 mn avant la fin du comptage qui totalisera alors 63 aigrettes dont 40 garzettes. Seules 34 aigrettes étaient déjà posées sur l'ilôt dortoir au moment de ce cliché.

Le tableau montre qu’avant l’arrivée du BP, les aigrettes rejoignant le dortoir sont presque toutes des garzettes. Pendant son séjour, le nombre moyen des garzettes diminue de 17%, ce qui est peu significatif, tandis que celui des grandes augmente considérablement (multiplié par 7). Après le départ du BP, ces chiffres changent très peu (augmentation de 5% des garzettes et de 0.4% des Grandes).

Ces variations ne sont très probablement pas la conséquence de l’arrivée puis du départ du BP. Nous les avions observées au cours des années précédentes, en l’absence de tout BP (voir sur ce site notre article préliminaire « Variation circannuelle de la fréquentation du dortoir d’aigrettes de MTB en 2016 ». A partir d’Avril, le nombre des aigrettes des 2 espèces fréquentant le dortoir de MTB diminue fortement. Ces espèces ne se reproduisent pas sur place, et cette diminution traduit a priori le départ des adultes vers leurs sites de nidification. Par la suite, les Garzettes sont les premières à réapparaitre à MTB, à partir de fin Juin ou début Juillet. Les Grandes réapparaissent plus tard, à partir de fin Juillet.

Les comptages que nous avons réalisés fin Aout et début Septembre ont a priori coincidé avec le moment où la plupart des garzettes étaient déjà de retour (nombre relativement stable pendant les 3 périodes), alors que les Grandes, généralement plus tardives, commençaient seulement à revenir. Lors de l’arrivée du Balbuzard, 3 semaines plus tard, le plus gros des Grandes, à l’époque beaucoup moins nombreuses à MTB qu’aujourd’hui, était arrivé sur place. Au cours de la troisième période, qui suivait le départ du BP, le nombre des aigrettes des 2 espèces n’a pas augmenté de façon significative comme il aurait du le faire si certaines avaient précédemment abandonné le dortoir du fait de la présence du grand rapace (augmentation de seulement 5.7 % des Garzettes et 0.4% des Grandes). On peut en conclure que la présence du BP n’a pas eu d’impact significatif sur la population des Aigrettes rejoignant le soir leur dortoir du 54. Nous n’avons pas observé d’impact plus net sur les quelques aigrettes fréquentant le site dans la journée.

En ce qui concerne un éventuel impact de la présence du BP sur la famille Bihoreau gris (Black-crowned Night Heron, Nycticorax nycticorax): cette espèce a des mœurs nocturnes, et ne sort donc du couvert végétal qu’à la tombée de la nuit. 2018 fut la première année au cours desquelles nous avons constaté sa reproduction dans la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon. Ce fut aussi l’année où nous l’y avons observée le plus souvent : 32 observations d’un ou deux juvéniles volants entre le 9 Juillet et le 24 Septembre. Le fait qu’en 2018 des juvéniles aient ainsi été observés pendant 10 semaines consécutives fait même suspecter qu‘au moins 2 couvées ont été menées sur le D54 cette année là. C’était en tous cas le soir, au cours de nos comptages d’aigrettes, que nous voyions le plus souvent passer au vol les Bihoreaux gris juvéniles.

Bihoreau gris (Black-crowned Night Heron, Nycticorax nycticorax), mâle nuptial, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Bihoreau gris (Black-crowned Night Heron, Nycticorax nycticorax), mâle nuptial, Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Le mâle se distingue de la femelle principalement par les quelques longues plumes blanches filiformes implantées sur sa calotte noire, et qui lui retombent sur le dos. Une seule est visible sur ce cliché. Celui-ci s'est nourri sur une berge du Dépôt 54 au moins 2 jours consécutifs vers 6h30 du matin. Il ne semble pas y avoir eu de reproduction de l'espèce à Mont-Bernanchon en 2025.
Bihoreau gris(Black crowned night heron, Nycticorax nycticorax), juvénile de première année, Dépôt 53 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France.Bihoreau gris(Black crowned night heron, Nycticorax nycticorax), juvénile de première année, Dépôt 53 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France. Le premier Bihoreau qu'ai observé dans la Réserve, le 1er Juin 2017. tout en haut d'un grand arbre. Les Bihoreaux ne prennent leur plumage adulte qu'au cours de leur 3éme année, mais il s'agissait ici certainement d'un oiseau de première année. L'année précédente, j'avais déjà observé un adulte dans la Réserve.
Bihoreaux gris juvéniles en vol (Black-capped Night Heron, Nycticorax nycticorax), Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de FranceBihoreaux gris juvéniles en vol (Black-capped Night Heron, Nycticorax nycticorax), Dépôt 54 de la Réserve Naturelle de Mont-Bernanchon, Hauts de France Deux juvéniles au moins avaient atteint le stade volant en 2018. Nous en en observions souvent 1 et parfois 2 le soir, à l'heure où nous réalisions nos comptages des aigrettes rentrant au dortoir du Dépôt 54. Ce n'est qu'à partir de la troisième année que la calotte de ces oiseaux devient noire et qu'y apparaissent chez le mâle les longues plumes blanches filiformes qui retomberont sur l'arrière de son cou.

Nous avons aussi testé l’éventualité d’un effet « repoussoir » de la présence du BP sur ces Bihoreaux juvéniles. On imagine facilement que ce petit ardéidé (100 cm d’envergure à l’état adulte), pouvait être impressionné et mis en fuite par le beaucoup plus gros Balbuzard (envergure moyenne de 160 cm), paré d’un bec et de serres impressionnants. Comme nous l’avions fait pour les aigrettes, nous avons donc comparé la fréquence des observations de Bihoreaux avant, pendant et après le séjour du BP sur le 54.

Les données correspondantes figurent aussi sur le Tableau 1. Elles suggèrent que même si la dernière observation de Bihoreau a eu lieu au cours du séjour du BP (vers sa fin, le 24 Septembre, 3 jours avant la dernière apparition du BP lui-même le 27 Septembre), il est peu probable que le BP ait été responsable du départ des Bihoreaux. En effet, nous avons observé les Bihoreaux un peu plus souvent après l’arrivée du BP (8 fois) qu’avant celle-ci (seulement 6 fois), au cours d’un laps de temps presque équivalent), et nous n’avons jamais observé de comportement effarouché des Bihoreaux en présence du BP, non plus que de comportement agressif du BP vis-à-vis des Bihoreaux..

Il nous a par contre semblé que l’ouverture de la chasse à la hutte du gibier d’eau, qui avait eu lieu cette année là le 21 Aoùt à MTB, avait pu jouer un rôle dans ce départ des Bihoreaux, voire du BP. La commune de MTB est truffée de huttes de chasse, particulièrement sur le pourtour de sa Réserve. Dés l’ouverture de ce type de chasse, soirées et nuits sont troublées par des salves souvent itératives de coups de fusil qui perturbent beaucoup certaines espèces aquatiques, au moins pendant les premiéres semaines. Et il faut aussi rappeler que la fin du mois de Septembre, au cours de laquelle les 2 espèces ont disparu, est aussi une période pendant laquelle tant les Bihoreaux gris que les Balbuzards pêcheurs quittent l’Europe pour rejoindre l’Afrique subsaharienne où ils vont passer l’hiver.

Nous avons enfin aussi recherché un éventuel impact de la présence du BP sur la fréquentation du D54 par les Busards des roseaux (Western Marsh Harrier, Circus aeruginosus). Ces Busards constituent l’espèce reine de la Réserve de MTB, dans laquelle ils se reproduisent chaque année, assez souvent sur le D54. Ce n’avait pas été le cas en 2018, année où ils lui avaient préféré le Dépôt 51, mais leur couvée avait finalement échoué. Ils n’en fréquentaient pas moins encore assez régulièrement le D54, avant d’entamer la migration qui les conduirait en Afrique subsaharienne où ils passeraient l’hiver.

Le Busard des roseaux est un rapace de taille un peu moins imposante que celle du BP (envergure moyenne 120 cm contre 150 pour le Balbuzard). Bien que son régime alimentaire différe de celui du BP, puisque principalement basé sur les petits rongeurs et les petits oiseaux, alors que le BP consomme presque exclusivement des poissons et n’est donc pas un compétiteur au plan alimentaire, on pouvait imaginer que l’apparition du BP avait pu induire des réactions hostiles de la part des Busards. A vrai dire, nous n’en avons jamais observé.

Comme on peut le voir sur le tableau, pendant les 20 jours ayant précédé l’arrivée du BP sur le 54, nous y avons aussi observé un ou deux Busards à 5 reprises non consécutives. Puis, pendant les 17 jours que le BP y a passés, c’st à 4 reprises que nous y avons vu un ou deux Busards, avec cette fois la particularité que les 3 derniers de ces 4 jours étaient consécutifs, et qu’ils ont aussi correspondu aux 3 derniers jours que le BP passa sur le 54. C’est cette coïncidence qui nous avait conduit à nous poser la question d’un éventuel rôle des Busards dans le départ du BP, et à porter plus d’attention aux interactions entre les 2 espèces.

On peut encore noter qu’un seul Busard a encore été vu, à 2 reprises, au cours des semaines suivantes, tandis que le BP n’est plus du tout réapparu. Cette diminution des apparitions des Busards peut a priori s’expliquer par le départ progressif de l’ espèce pour l’Afrique sub-saharienne, où tant les Busards de roseaux que les Balbuzards pêcheurs, et même une bonne partie des Bihoreaux gris passent l’hiver.

 Alors, puisque nous n’avons pas trouvé d’explication plus cohérente à ce possible rapprochement final des 3 espèces dont la présence simultanée à MTB nous avait procuré tant de plaisir cette année là, pourquoi pas ne pas débrider notre imagination et conclure que les Busards des roseaux étaient probablement venus 3 jours de suite sur le 54 pour y rencontrer le Balbuzard, et discuter avec lui d’un départ simultané sur ce long chemin qui les amènerait jusque l’Afrique subsaharienne où ils passeraient l’hiver ! Et peut-être même que les jeunes Bihoreaux gris avaient été autorisés à les accompagner sur ce trajet périlleux où ils avaient bénéficié de leur protection!!


Mis à jour le 05/05/2026 11:28

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