Présentation des sites naturalistes (re)visités au Sénégal

Bien sûr ils ne sont pas tous explorés lors de chaque visite au Sénégal.

Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone (RNICS)

Cette réserve, d’une surface de 700 ha (7 km2), couvre essentiellement la lagune de la Somone ainsi qu’une étroite bande de terre ferme et de sable à sa périphérie.

La lagune se situe sur la Petite Côte, à 77 km de Dakar, au niveau de l’estuaire de la rivière la Somone. Cette rivière n’alimente plus la lagune que très partiellement, vu son débit très faible en dehors de la saison des pluies. C’est surtout la marée qui la remplit, puis la vide partiellement par une passe d’une dizaine de mètres de large sur la côte Atlantique. La lagune est bordée par 4 villages : au Nord, d’Ouest en Est Guerew ou Guéreo, village de pêcheurs Lebou, puis Thiafoura et Soro Khassaf, deux villages Sérères aux activités agricoles, et au Sud La Somone ou Somone, commune qui n’a été individualisée qu’en 2008 et vit en bonne part du tourisme, et pour le reste de la pêche, l’agriculture, et en ce qui concerne la communauté Peuhl de l’élevage.

La création de la Réserve, et la richesse actuelle de son milieu naturel sont à mettre au crédit d’un groupe de femmes de ces 4 villages qui, constatant l’épuisement des ressources naturelles de la lagune (particulièrement en poissons et huitres qui s’y développaient naturellement par le passé) et sa probable relation avec une très forte dégradation de la mangrove (intensément coupée pour en faire du bois de chauffe), ont décidé de régénérer cette mangrove en replantant des dizaines de milliers de propagules (sorte de fruits de la mangrove qui se fichent dans le sable et génèrent de nouvelles pousses). Ces femmes ont ainsi ressuscité la végétation originelle, dont les racines constituent une nurserie pour des myriades d’êtres vivants, particulièrement les petits poissons (qui grâce à la protection que leur offre la densité de ses racines deviendront grands !), les mollusques, les crabes, etc… La mangrove contribue également à protéger la côte de l’érosion créée par les vagues et autres courants. Chaque année, les enfants des écoles des 4 villages gérant la RNICS sont invités à repiquer à leur tour des pieds de mangrove élevés en pépinière. Ils contribuent ainsi eux aussi à la propagation de cette zone végétale capitale pour le maintien de la biodiversité de leur lagune.

Carte de la Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone (RNICS)
  • Vert foncé : mangrove ou, en dehors de la lagune, zone arborée ;
  • bleu-vert : étendue d’eau, d’autant plus foncées que profondes ;
  • couleur sable : sable sec ;
  • brun clair : sable humide, découvert à marée basse ;
  • brun : zone rocheuse (roches volcaniques).
Envol de Bécasseaux Sanderling (Sanderlings, Calidris alba) dans une zone de repousse de la mangrove, Réserve Naturelle d'intérêt Communautaire de la Somone.Envol de Bécasseaux Sanderling (Sanderlings, Calidris alba) dans une zone de repousse de la mangrove, Réserve Naturelle d'intérêt Communautaire de la Somone. On distingue au fonds de l’image une mangrove étoffée, et devant elle des pousses de 1 à 4 ans plus ou moins développées à partir de propagules tombées de la mangrove mâture, ou repiquées par les écoliers lors de la fête annuelle des écoles.
Bouquet de mangrove de 4 à 5 ans, déjà assez développé pour cacher un Héron striè (Striated Heron, Butorides Striata)Bouquet de mangrove de 4 à 5 ans, déjà assez développé pour cacher un Héron striè (Striated Heron, Butorides Striata). Au fonds on devine la mangrove mâture, avec laquelle le bouquet de mangrove développé pour l’instant à partir d’une seule tige fusionnera d’ici un an ou deux. Le héron strié est un oiseau souvent farouche, et dont les attitudes fréquemment cocasses quand on parvient à l’apercevoir. Ici, comme souvent, il a bondi au sommer de la tige, mais en dessous des feuilles pour s’y cacher quand il nous a vus arriver, donnant l’impression de sa disparition. Ou bien il était déjà perché et à l’affut des petits poissons qui passeraient sous lui.
Héron cendré (Grey Heron, Ardea Cinerea) se reposant sur une touffe de mangrove. Réserve Naturelle d'Intérêt intercommunautaire de La Somone, Sénégal.Héron cendré (Grey Heron, Ardea Cinerea) se reposant sur une touffe de mangrove. Réserve Naturelle d'Intérêt intercommunautaire de La Somone, Sénégal. C’est la même espèce de héron que celui que nous rencontrons souvent en France qui vit et se reproduit également en Afrique. On distingue facilement les racines très développées de la mangrove mâture située à l’arrière de cette touffe qui est en train de fusionner avec elle. On réalise bien comment les barreaux serrés et autres entrelacs qu’elles forment constituent un abri presque impénétrable permettant au menu fretin d'échapper aux gros poissons voraces, et de réaliser l’adage « petit poisson deviendra grand. »

A la demande de ces femmes, et pour objectiver la volonté du gouvernement Sénégalais d’accompagner les populations locales dans la gestion de leurs ressources naturelles, le conseil rural de Sindia, dont dépendent les 4 villages, a créé cette première Réserve Naturelle d’intérêt Communautaire du Sénégal , qui est toujours gérée principalement par les populations locales, avec l’aide d’un Conservateur nommé par l’Etat, assisté par quelques agents de parc.

La Réserve peut être visitée moyennant un droit d’entrée de 1500 FCFA (2,3€), auquel il faudra ajouter l’écot d’un piroguier si l’on souhaite faire le tour de la lagune sur son embarcation (très recommandé). Ce tour de la lagune passe traditionnellement par le Baobab sacré, encore célébré chaque année par une procession des villageois. Il s’agit d’un arbre nain qui est couvert de coquilles de coques, coquillages bivalves aussi appelés bucardes qui poussent en abondance dans la lagune, et qui, accrochées à ses branches par des humains, représentent autant d’ex-votos ou de rites accomplis pour obtenir la réalisation d’un souhait.

Il est possible de mettre pied à terre sur l’ilot du Baobab sacré pour en faire des photos ou des selfies ! (voir photos plus loin). A noter que c’est aussi l’entassement de ces coquilles qui est à l’origine des quelques autres ilots coquillers qu’on peut observer dans la lagune. Par le passé, en effet, ces coquillages étaient consommés en abondance par la population qui en jetait les coquilles dans des endroits dévolus où leur entassement a créé ces ilots. Les baobabs adorant le calcaire, on en trouve souvent qui poussent sur de tels ilots coquilliers. Ces ilots sont aussi des reposoirs très appréciés des spatules, pélicans, et autres aigrettes.

On peut également pour ce prix visiter le Sentier Ecologique que le couple Thèron a fait aménager à ses frais dans la mangrove en 2011. Cheminer sur ce sentier de 1200 m permet de découvrir la mangrove de l’intérieur, sa physiologie, son rôle protecteur, sa faune et sa flore, à l’aide de panneaux informatifs clairs. Le sentier aboutit à un mirador surplombant une large trouée dans la mangrove, occupée par un banc de sable sur lequel se reposent souvent de nombreux oiseaux. J’y ai souvent vu, par exemple, jusque plus de 300 Pélicans blancs rassemblés sur le sable.

Le baobab sacré de la Somone, paré des coquilles de coques qui y ont été accrochées pour aider la réalisation des vœux qu’elles supportent.Le baobab sacré de la Somone, paré des coquilles de coques qui y ont été accrochées pour aider la réalisation des vœux qu’elles supportent. Il est solidement implanté sur un ilot coquillier, fait d’une accumulation des coquille de coques vers le centre de la lagune. Sur cette photo, le baobab sacré est entouré de buissons de mangrove qui en masquent un peu les contours.
L’entrée du sentier écologique de la Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone.L’entrée du sentier écologique de la Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone. Le sentier, surélevé de façon à surplomber l’eau dont le niveau varie selon l’état de la marée, s’enfonce dans la mangrove jusqu’à atteindre un mirador qui donne sur la lagune. Il héberge de nombreux oiseaux ainsi que parfois d’inoffensifs loups du Sénégal, et de très nombreux crabes violonistes qui s’abritent dans les interstices des rochers qui le soutiennent.
Le mirador du sentier écologique de la Réserve naturelle de la Spmone à ses débuts. Le mirador du sentier écologique de la Réserve naturelle de la Spmone à ses débuts. Aujourd’hui l’arrière de la cabine haute a été fermé, et permet d’afficher des photos des différents oiseaux qu’on peut observer de ce poste de surveillance, avec pour chacun d’entre eux un petit texte permettant de souligner les caractéristiques qui permettent de les identifier.

172 espèces d’oiseaux ont été identifiées dans cet écosystème estuarien , si l’on inclut les visiteurs rares. Certaines sont sédentaires, mais un grand nombre sont des migrants d’origine Paléarctique, qui arrivent principalement d’Europe à partir du mois de Septembre, pour y retourner à partir du mois de Mars. Le roi de la lagune, par sa prestance et son comportement de pêche impressionnant, est le Balbuzard pêcheur, qui vient d’Europe du Nord et y hiverne en nombre important. Les spatules blanches, qui comportent de nombreux individus se reproduisant en Europe et d’autres sur le Banc d’Arguin, en Mauritanie, sont un autre sujet de curiosité. On peut aussi observer couramment sur la lagune Milans noirs et Milans à bec jaune, Pélicans Blancs et Pélicans Gris, 4 espèces de Hérons (Cendrés, Striés, Huppés et Garde-Bœufs), 3 variétés d’aigrettes, de nombreux limicoles (Barges, Courlis, Chevaliers, Combattants, Bécasseaux), et un grand nombre de Laridés (Sternes, Mouettes et Goélands) (voir sur Observado les relevés de nos décomptes).

Le Milan noir (Black Kite, Milvus migrans), ici 5 individus perchés sur la mangrove, est une silhouette familière au dessus de la lagune, tout autant qu’au dessus  du village de la Somone et de sa brousse.Le Milan noir (Black Kite, Milvus migrans), ici 5 individus perchés sur la mangrove, est une silhouette familière au dessus de la lagune, tout autant qu’au dessus du village de la Somone et de sa brousse. Ce rapace est plus un charognard qu’un véritable chasseur, se délectant des poissons morts ou mourants, tout comme d’autres charognes et du contenu des poubelles. C’est aussi l’un des principaux chapardeurs qui tente de voler une partie des proies que le Balbuzard Pêcheur capture.
Spatules blanches (Eurasian Spoonbills, Platalea Leucorodia) se reposant sur un ilot coquillier de la lagune de la Somone.Spatules blanches (Eurasian Spoonbills, Platalea Leucorodia) se reposant sur un ilot coquillier de la lagune de la Somone. Chaque année environ 80 spatules blanches, oiseau caractérisé par son bec en forme de spatule lui permettant de retourner la vase et d’en aspirer tous les animalcules dont elle se nourrit, hivernent dans la Réserve d’intérêt Communautaire de Somone. Elles y font partie des oiseaux les plus recherchés, et séjournent particulièrement sur un ilot coquillier distant de la zone la plus fréquentée de la réserve. Sur cette photo elle s'apprêtent à s'envoler, dérangées par une pirogue qui approche. La plupart de ces hivernantes appartiennent à la sous-espèce leucorodia (pattes noires, bec noir à extrémité jaune sur sa face supérieure). L'oiseau situé au premier plan à gauche est déjà en plumage nuptial comme l'indiquent le croissant orange à la base du cou et la longue huppe fournie, à quoi s'ajoute une plage dénudée orange sous la base du bec, visible seulement au vol. Un pélican gris est couché à l'arrière plan.
Martin-Pêcheur huppé (Malachite Kingfisher, Alcedo cristata) émergeant de la mangrove de la lagune de la Somone.Martin-Pêcheur huppé (Malachite Kingfisher, Alcedo cristata) émergeant de la mangrove de la lagune de la Somone. C’est un véritable petit bijou qui se cache malheureusement de façon souvent efficace dans la mangrove. Un peu plus petit que notre Martin-Pêcheur Européen, toute ses ouleurs éclatent de façon encore plus vive que chez ce dernier, dans une tonalité également plus bleue violacée que verte en ce qui concerne le dos. Sa huppe n’est pas toujours visible, mais c’est l’un des clous d’une ballade en pirogue sur la lague.
Aigle Martial immature (Martial Eagle, Polemaetus  Bellicosus), Réserve d’Intérêt Communautaire de la Somone, Sénégal.Aigle Martial immature (Martial Eagle, Polemaetus Bellicosus), Réserve d’Intérêt Communautaire de la Somone, Sénégal. L’aigle martial est l’un des rapaces les plus impressionnants d’Afrique par sa puissance (il peut enlever un agneau) et son envergure (2 m à 2 m 60). C’est un visiteur rare de la réserve. J’y ai vu cet immature en 2016.
Flamants roses en plumage nuptial (Greater Flamingo, Phoenicopterus Roseus) sur la lagune de La Somone. Flamants roses en plumage nuptial (Greater Flamingo, Phoenicopterus Roseus) sur la lagune de La Somone. Les flamants roses sont d’autres visiteurs relativement rares de la lagune. Ils y apparaissent périodiquement, mais n’y stationnent généralement pas plus d’une dizaine de jours, et ne s’y reproduisent pas.
Grand-Duc Vermiculé (ex-Grand-Duc du Sahel, Greyish Eagle-Owl, Bubo Cinerascens), Réserve Naturelle d'intérêt Communautaire de la Somone.Grand-Duc Vermiculé (ex-Grand-Duc du Sahel, Greyish Eagle-Owl, Bubo Cinerascens), Réserve Naturelle d'intérêt Communautaire de la Somone. Il n’est pas rare que les noms des oiseaux soient modifiés du fait de découvertes génétiques ou autres qui amènent à reconsidérer leur place dans la classification des espèces. C’est le cas pour ce Grand-Duc vermiculé qu’on appelait encore il n’y a pas si longtemps grand-Duc du Sahel. Il s’agit d’un hôte discret mais régulier de la lagune, ce qui peut paraitre étonnant puisqu’il n’en pêche pas les poissons ! Que peut-il bien y faire? Eh bien il en mange les crabes qui pullulent, et sont probablement plus faciles à attraper que les rongeurs ! En tous cas on entend souvent ses Ouh Ouh graves dans la mangrove quant on passe prés du Sentier Ecologique à la tombée de la nuit, ou même dans le village, y compris sur notre toit. Et il n’est pas rare qu’on voie sa silhouette, comme sur cette photo de mauvaise qualité car prise à nuit presque noire, la grande sensibilité de mon Nikon 500 ayant tout de même permis de discerner sa silhouette perchée sur une vieille cabane en face de l’entrée du sentier écologique.

On peut aussi y observer des mammifères comme les Loups du Sénégal (Senegalese wolf, Canis anthus anthus), appelés localement Chacals car de morphologie assez proche de celle du chacal doré Eurasien (Canis aureus) dont il diffère cependant génétiquement. Plusieurs dizaines vivent dans la réserve. On peut aussi voir à sa périphérie et dans la brousse avoisinante des singes Patas ou singe rouge (Patas, Erythrocebus Patas), et des Rats Palmistes ou Ecureuils fouisseurs (Ground squirrel, Xerus Erythropus) , deux espèces plus abondantes dans la brousse. Mais en 10 années de fréquentation assez régulière nous n’y avons jamais vu les singes verts (Green monkey, Cercopithecus aethiops), Mangoustes à queue blanche (White-tailed mongoose, Ichneumia Albicauda), Tortues marines et Varans du Nil (Varanus Niloticus) annoncés dans certains guides. Ces animaux ont peut-être été éliminés par les nombreux chiens abandonnés qui fréquentent aussi la Réserve et se nourrissent en bonne part de ses oiseaux, et probablement aussi de ses mammifères et reptiles.

Loup du Sénégal (Senegalese wolf, Canis Anthus anthus) galopant le long de la lagune de la Somone.Loup du Sénégal (Senegalese wolf, Canis Anthus anthus) galopant le long de la lagune de la Somone. Plusieurs espèces de canidés sauvages survivent dans diverses régions d’Afrique et particulièrement au Sénégal. Longtemps dénommées chacals, tout particulièrement au Sénégal où les loups coexistaient et, selon les études génétiques, s’hybridaient parfois avec des chacals dorés (Canis Aureus), des études génétiques récentes ont découvert à partir de 2008 que ces canidés étaient en fait plus proches du loup gris et du coyote que des chacals, ce qui a débouché sur des révisions itératives de la classification des canidés, et du nom de leurs espèces Africaines. Il semble que le Loup d’Afrique corresponde bien à une espèce endémique à l’Afrique, c’est-à-dire n’existant pas dans d’autres parties du monde d’où elle aurait migré en Afrique. Cette lignée aurait ne tête plus large, et une queue plus courte que celles su chacal doré mais les limites taxonomiques des deux espèces restent à préciser.
Loup du Sénégal (Senegalese wolf, Canis Anthus anthus), Réserve Naturelle d'Intérêt Communautaire de La Somone.Loup du Sénégal (Senegalese wolf, Canis Anthus anthus), Réserve Naturelle d'Intérêt Communautaire de La Somone. Ce canidé d’apparence un peu famélique, qui mange un poisson qu’il a peut-être attrapé dans la lagune, ou volé à un autre prédateur, présente des caractères morphologiques correspondant assez bien au phénotype actuellement attribué au Loup du Sénégal : tête plus large, queue plus courte, et collier blanc plus développé que ceux du chacal doré, bien que les limites taxonomiques des deux espèces restent à préciser. Le loup du Sénégal occuperait une bande large de 6000 km s’étendant de l’Ethiopie au Sénégal, tandis qu’une autre sous espèce, Canis Anthus lupastus, plus robuste et proche du loup gris d’Europe, occuperait l’Egypte et les pays avoisinants. Les loups Africains se reproduisent par paires, et non pas sur le mode de la meute de loups classiques où seuls se reproduisent le mâle alpha et la femelle alpha.
Singe Patas (Patas, Singe rouge ou Singe pleureur, Erythrocebus Patas)Singe Patas (Patas, Singe rouge ou Singe pleureur, Erythrocebus Patas). Ce primate de la famille des Cercopithecidae est assez commun en Afrique, et plus particulièrement dans la brousse de Somone et des villages environnants. A ce titre on peut le rencontrer à la périphérie de la Réserve Naturelle d’Intérêt communautaire de La Somone, comme ce mâle qui surveille son clan du haut d’un acacia, et scrute aussi le lointain pour y déceler la présence d’un prédateur. Mais les Patas ne pénètrent pas la mangrove.

Les Balbuzards Pêcheurs de la lagune de la Somone

La topographie de la lagune (multiplicité des plans d’eau et des plages sableuses qui se découvrent à marée basse, hauteur de la mangrove qui les cloisonne et ne permet pas une observation globale des oiseaux volants, ni de ceux qui se reposent sur le sable, rend très difficile un comptage précis de l’ensemble des Balbuzards Pêcheurs qui y séjournent. Le comportement de ces oiseaux permet toutefois une estimation semi-quantitative. Ils pêchent en début de matinée, puis mangent leur poisson, ce qui peut leur prendre plus d’une heure. Pour ce faire, quelques-uns s’éloignent dans la brousse, où ils s’installent au sommet d’un grand baobab. Mais, repérés de loin, ils y sont souvent assaillis par d’autres oiseaux qui cherchent à leur dérober leur poisson (autres Balbuzards, Corbeaux Pie, Hérons Cendrés etc….). De ce fait la plupart s’installent plus simplement sur une zone de sable découvert où ils peuvent également être dérangés par d’autres oiseaux (outre ceux déjà cités, Milans noirs, Aigrette des Récifs, parfois Courlis ou autre limicole), mais ils contrôlent plus facilement les pillards sur ce type de terrain. Ensuite ils se reposent sur le sable jusqu’au milieu de l’après-midi.

En milieu de journée, on peut ainsi voir quelques Balbuzards isolés sur toutes les zones sableuses de la lagune, mais la plupart sont réunis à quelques mètres les uns des autres sur une étendue sableuse dégagée s’étendant sur 1200 m à l’extrémité Est de la lagune (voir carte Google), et sur laquelle on peut alors en compter simultanément jusque 50 ou plus en Janvier ou Février, mois où leur présence est maximum. Pendant nos séjours au Sénégal, nous effectuons des « comptages des Balbuzards pêcheurs de la Lagune Est » plusieurs fois par semaine entre 12h et 14h, dans la mesure où le chiffre obtenu nous semble un index relativement fiable de l’abondance de Balbuzards Pêcheurs séjournant sur la lagune. Nous en rapporterons les résultats sur ce site. En tous cas on peut conclure qu’il y en a au moins le nombre des individus comptés simultanément sur cette bande de sable. En fait certainement un peu plus, car quelques-uns se reposent sur d’autres zones sableuses, incluant celle qu’on peut observer à marée basse à partir du mirador du sentier écologique, quelques autres le font perchés sur des arbres de la brousse, et les pêcheurs infructueux sont probablement toujours en quête de pitance au-dessus de l’eau !

Carte de la Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone (RNICS)
  • Vert foncé : mangrove ou, en dehors de la lagune, zone arborée ;
  • bleu-vert : étendue d’eau, d’autant plus foncées que profondes ;
  • couleur sable : sable sec ;
  • brun clair : sable humide, découvert à marée basse ;
  • brun : zone rocheuse (roches volcaniques).
Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus) perché dans la mangrove de la lagune de la Somone.Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus) perché dans la mangrove de la lagune de la Somone. Il s’agit d’un spectacle assez commun lorsqu’on fait un tour en pirogue sur la lagune. Le rapace, qui utilise ce perchoir pour inspecter l’eau de la lagune, ou plus simplement pour se reposer,se laisse souvent approcher jusque quelques dizaines de mètres.
Envol d’un Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), perché sur la mangrove, Lagune de la Somone.Envol d’un Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), perché sur la mangrove, Lagune de la Somone. Spectacle également assez courant. L’oiseau plonge peut-être sur un poisson qu’il a repéré depuis son perchoir sur la mangrove. Ou plus probablement il fuit ma pirogue qui s’approche trop de lui. On peut noter la longueur toute particulière des ailes de ce rapace, qui en fait un excellent voilier.
Balbuzard Pêcheur juvénile les pattes dans l’eau, s’apprêtant à se tremper dans l’eau pour se rafraichir ou faire sa toilette. Lagune de la Somone, Sénégal.Balbuzard Pêcheur juvénile les pattes dans l’eau, s’apprêtant à se tremper dans l’eau pour se rafraichir ou faire sa toilette. Lagune de la Somone, Sénégal. Ce sont l’aspect écaillé des ailes (liseré blanc des couvertures alaires) et les stries de la calotte qui indiquent le statut de juvénile.
Balbuzard Pêcheur adulte (Osprey, Pandion Haeliatus) dégustant son poisson sur le sable de la lagune en surveillant l’éventuelle approche d’autres oiseaux susceptibles de lui voler son repas.  Réserve intercommunautaire de la Somone.Balbuzard Pêcheur adulte (Osprey, Pandion Haeliatus) dégustant son poisson sur le sable de la lagune en surveillant l’éventuelle approche d’autres oiseaux susceptibles de lui voler son repas. Réserve intercommunautaire de la Somone. Spectacle également fréquent au cours de la matinée, après la première pêche du Balbuzard, que la plupart consomment « sur place », tandis que quelques autres le font dans la brousse, perchés sur un piquet ou plus souvent sur un baobab.
Balbuzards Pêcheurs (Osprey, Pandion Haliaetus, groupe de 6 individus répartis sur 15m) se reposant vers 13h sur la zone de comptage située à l’Est de la  lagune de la Somone, Sénégal.Balbuzards Pêcheurs (Osprey, Pandion Haliaetus, groupe de 6 individus répartis sur 15m) se reposant vers 13h sur la zone de comptage située à l’Est de la lagune de la Somone, Sénégal. Beaucoup de balbuzards consomment leur poisson du matin sur les 1200 m de sable qui séparent les ronds noirs marqués d’une étoile blanche sur la carte Google de la lagune ci-dessous, puis stationnent sur place jusqu’au milieu de l’après-midi. Noter les 2 individus situés sur la droite, qui correspondent à un adulte (probablement une femelle), accompagné d’un juvénile.
Balbuzards Pêcheurs (Osprey, Pandion Haliaetus, 10 individus répartis sur 25m) se reposant vers 13h sur le sable de la zone de comptage de la lagune Est, Réserve Naturelle d'intérêt communautaire de la Somone.Balbuzards Pêcheurs (Osprey, Pandion Haliaetus, 10 individus répartis sur 25m) se reposant vers 13h sur le sable de la zone de comptage de la lagune Est, Réserve Naturelle d'intérêt communautaire de la Somone. Le nombre de ces oiseaux varie selon la saison, et dépasse souvent, par exemple, 50 en Janvier. Au même moment on peut en observer quelques uns sur d’autres sites de la lagune, mais c’est sur les 1200 m s’étirant entre les deux marqueurs noirs à étoile blanche de la lagune Est que leur concentration est la plus élevée. Les données que j’ai accumulées depuis plusieurs années suggèrent que le nombre de balbuzards posés sur les 1200m de cette zone en milieu de journée pourrait être un marqueur semi-quantitatif intéressant du nombre de balbuzards présent sur la lagune au moment du comptage.

L’abondance des Balbuzards, comme celle des autres oiseaux, est d’autant plus importante à surveiller que le nouvel aéroport de Dakar a débuté son activité fin 2017 à 15 km de la RNICS, et que, de façon tout à fait inattendue pour une Réserve Naturelle, des gros porteurs la survolent maintenant jour et nuit, le dérangement qu’ils causent sur leur trajet pouvant constituer une menace pour la faune de la lagune. De tels comptages réguliers permettront de mieux appréhender leur éventuel impact.

Des observations ont été faites en pirogue le 23 Octobre pendant une sortie de 2 heures sur la lagune avec inventaire du site (27 espèces d’oiseaux). D’autres ont été faites quasi quotidiennement à pied et en voiture sur le pourtour de la lagune (5 espèces d’oiseaux supplémentaires et 2 espèces de mammifères).

Brousse de Somone et des villages avoisinants

Présentation du site

Nous entendrons sous ce terme la zone de brousse laissée à l’état sauvage ou cultivée à la saison des pluies entourant le territoire de la Réserve Naturelle d’Intérêt Communautaire de La Somone (RNICS). Elle englobe une partie des territoires des communes de Somone, Guéreo, Thiafoura, Sorro Khassab et Ngékokh (voir la carte Google). Dans les parties non cultivées, ces zones sont occupées par une brousse faiblement arbustive ou arborée (principalement Baobabs et acacias, et quelques palmiers) légèrement surélevée par rapport au niveau de la mer. Une partieimportante de cette brousse est cultivée, mais moins de 6 mois par an. Les cultures sont entreprises à la saison des pluies (principalement mil, largement consommé par les granivores, arachide, et de plus en plus maïs) et récoltées avant la fin de l’année. A partir de Novembre, les bergers Peulh sont autorisés à faire paitre leurs troupeaux dans les champs cultivés, ainsi que dans la brousse avoisinante, et vaches et chèvres ont vite fait de consommer l’herbe relictuelle, laissant la terre à nu. Les cultures fruitières tendent aussi à se développer (principalement mangues et agrumes), mais les vergers sont généralement protégés par des enclos de parpaings.

La brousse de Somone et des villages avoisinants est traversée par quatre accidents importants :

1. la rivière Somone , entourée d’une mince forêt galerie,

2. une forêt de baobabs , qui se prolonge par celle qui traverse la Réserve de Bandia. Dans ce type de forêt, les arbres ne sont pas serrés les uns contre les autres comme dans nos forêts Européennes. Ils sont séparés par des intervalles de 10 à 50m qui peuvent être occupés par des champs. Cette fprêt n’en est pas moins spectaculaire.

3. Depuis peu la partie terminale de l’autoroute Dakar-Mbour, qui sera ouverte début 2019 et traverse elle-même la forêt de Baobabs.

4. Des couloirs aériens desservant le nouvel aéroport de Diass , ouvert depuis Décembre 2017. Leur trafic est déjà relativement important (1.300.000 personnes transportées au cours de la première année), et devrait s’accroitre régulièrement car cet aéroport doit devenir un Hub pour toute l’Afrique de l’Ouest. Les avions volent relativement bas dans ces couloirs car l’aéroport n’est distant que de 10 à 20 km selon les endroits.

Eu égard à l’implantation de cet aéroport, toute la région a été l’objet, ces dernières années, d’une intense prospection immobilière. Une proportion très importante des parcelles agricoles a été vendue et des murs commencent à s’ériger un peu partout, en vue de constructions individuelles ou plus importantes, centrées sur le tourisme. De plus en plus de pistes qui permettaient d’y circuler librement sont maintenant coupées du fait de l’interposition de zones privatisées. Fort heureusement les Baobabs sont pour la plupart respectés (au Sénégal couper un Baobab est passible d’emprisonnement), et il y reste encore bien des zones d’intérêt naturaliste important.

Tout ce qui précède montre que les nuisances pour la faune sauvage s’accroissent. S’y ajoutent, comme dans le territoire de la Réserve Naturelle, des coupes importantes de bois sauvage (à l’exception des baobabs) dans les périodes d’inactivité agricole. Ce bois est utilisé comme combustible domestique, ou pour en faire du charbon de bois qui sera revendu.

Dans cette brousse, les observations sont principalement faites depuis la voiture, ainsi qu’à pied dans certaines zones (mettre des chaussures à semelle épaisse car on trouve par terre un peu partout des branches d’acacia, porteuses d’épines particulièrement longues et acérées). Pour l’instant on y observe toujours beaucoup d’oiseaux, incluant de nombreuses espéces de Passereaux, desChoucadors (Glossy starlings), deshuppes et des irrisors (Hoopoes and Wood Hoopoes) , des Calaos (Hornbills), des Tourterelles, Tourtelettes et des Pigeons (Doves, wood-doves and Pigeons) et un nombre important de rapaces ( raptors): Milans et Elanions (Kites), Crécerelles et autres faucons, Chicquera et Pèlerin (Kestrels and other Falcons), Circaètes (Snake-Eagles) , Autours (Goshawks) et quelques espéces plus spécifiques de ces espaces : Traquets (Wheatears andChats),Travailleurs (Queleas), Guêpiers ( Bee-eaters), Rolliers (Rollers), Courvites (Coursers). On y rencontre aussi souvent des Ecureuils de terre ou fouisseurs (Ground squirrels), des Singes Patas (Patas), et des Loups du Sénégal ( Senegalese wolfs). S’y ajoutent à la saison des pluies différentes espèces de Coucous (Cuckoos), ainsi que des Martin-Chasseurs du Sénégal et à tête grise ( Woodland and Grey-headed Kingfishers).

Dans la brousse de Somone et des villages environnants, nombre de sites à intérêt naturaliste n’ont pas de dénomination précise, ou bien celle-ci diffère selon les ethnies interrogées. Nous avons de ce fait baptisé certains lieux qui n’avaient pas de nom bien défini afin de nous y retrouver (voir carte ci-dessous). Ainsi la « zone du gros manguier » correspond à une zone de brousse occupée quelques mois de l’année par des travaux agricoles, et le reste du temps en friche, où se croisent plusieurs pistes. Cette zone héberge un énorme manguier qui abrite souvent les zébus de la région des ardeurs excessives du soleil, et un très vieux et beau Baobab couché (voir photos).

« La piste des Circaètes Jean Le Blanc, ou piste des CJLB » , qui correspond à l’extrémité Nord-Ouest de celle qui relie les villages de Thiafoura et Ngerigne, est la piste depuis laquelle nous avons pour la première fois observé un Circaète Jean Le Blanc au Sénégal, et c’est autour d’elle que nous continuons d’en observer le plus souvent. « La piste des Grues » est celle où nous avons découvert un petit groupe de magnifiques grues couronnées (photos) que nous avons pistées pendant plus de 18 mois avant de découvrir qu’il s’agissait d’oiseaux importés de Casamance élevés en semi-liberté par un habitant de La Somone ! Il n’y a pas de Grue Couronnée sauvage sur le territoire de la Réserve Naturelle de La Somone, et ces oiseaux ont disparu après 4 ans.

« L’abreuvoir de Thiafoura » se situe près de la berge Nord de la lagune. Il est centré par un puits duquel de jeunes bergers puisent l’eau avec laquelle ils remplissent une vieille baignoire. En fin de matinée les troupeaux de zébus convergent vers se point et s’abreuvent tour à tour longuement, offrant un spectacle très bucolique. « La piste de l’Autour sombre », que nous avons nommée d’après le couple d’autours sombres (Melierax Metabates) qui occupe cette zone, part de celle qui longe la lagune Nord au niveau de cet abreuvoir, pour rejoidre la piste reliant Guéreo à Popenguine, laquelle traverse à son départ le sommet de la péninsule de Guéreo. Dans la même zone, l’éco-lodge « les Manguiers de Guéreo » est adossé à une zone humide artificielle, et offre aussi plusieurs accès sur la lagune via des observatoires aménagès

El Toro est un très grand complexe touristique en chantier depuis une dizaine d’années. Outre un lodge de luxe, il présentera des chevaux de monte et différents parcs d’animaux captifs dont certains sont déjà présents. Cet ensemble se développe sur un très grand terrain au Nord de Somone, qui comprend beaucoup des plus beaux baobabs de la brousse.

Carte de situation des principaux Sites d'Intérêt Naturaliste de la Brousse de Somone et des villages avoisinants. Carte de situation des principaux Sites d'Intérêt Naturaliste de la Brousse de Somone et des villages avoisinants. Les différents sites considérés sont décrits dans les textes et photos ci-dessus.
Le baobab couché de l'espace du gros manguier, une curiosité locale.Le baobab couché de l'espace du gros manguier, une curiosité locale. Il y a très longtemps le tronc de ce baobab a été déraciné, probablement sous l’effet d’une forte tempête. Il s’est alors couché sur le sol, et est aujourd’hui caché par le gros bougainvilliers qu’on voir sur la photo. En tel cas le baobab meurt souvent, mais parfois, comme ce fut ici le cas, il parvient à développer de nouvelles racines sous sa zone d’appui sur le sol, et de nouvelles branches verticales se forment. Dans le cas présent une énorme branche a poursuivi son développement parallèlement au sol, jusqu’à se briser du fait de son poids voici 2 ans, interrompant pendant quelques semaines la circulation sur la piste du gros manguier. La branche cassée a été débitée, et malgré ses avatars ce très vieil arbre a gardé une prestance certaine, et fait toujours l’objet de nombreuses visites de touristes acheminés par les « calèches » locales, tirées par les braves petits chevaux Sénégalais. Calaos et parfois Circaètes Jean Le Blanc aiment se poser sur ses branches.
Piste du Circaète Jean Le Blanc,  un segment où débute, entre les baobabs, la construction d'un Lodge Nature en matériaux traditionnels. Piste du Circaète Jean Le Blanc, un segment où débute, entre les baobabs, la construction d'un Lodge Nature en matériaux traditionnels. On note toujours l’abondance des baobabs le long de cette piste.
Embranchement de la future route menant de l'autoroute Dakar-M'Bour à la Casa del Toro.Embranchement de la future route menant de l'autoroute Dakar-M'Bour à la Casa del Toro. En arrière plan le nouvel autoroute. Ici tout avait été prévu voici plus de 10 ans par un investisseur bien informé qui avait fait acheter les plus beaux terrains agricoles du plateau, à condition qu’ils soient positionnés très prés de la sortie la plus proche du futur autoroute!
Casa del Toro, une partie des constructions en cours, au sein d'un rassemblement de  magnifiques baobabs, Brousses de Somone et Ngekhokh, Sénégal.Casa del Toro, une partie des constructions en cours, au sein d'un rassemblement de magnifiques baobabs, Brousses de Somone et Ngekhokh, Sénégal. La Casa del Toro et son agglomération de grands Baobabs dominent le plateau situé au Nord-Est de Somone, et à l’Est du gros manguier et de la piste du CJLB.
Brousse de La Somone et de Ngekokh, la forêt de Baobabs entre la Casa del Toro  et l'autoroute Dakar-M'bour en saison sèche.Brousse de La Somone et de Ngekokh, la forêt de Baobabs entre la Casa del Toro et l'autoroute Dakar-M'bour en saison sèche. Comme les côtés de la piste des Circaètes Jean le Blanc (CJLB), cette zone est souvent fréquentée par les circaètes, faucons, élanions, et autres rapaces, ou tout au moins l’était avant l’ouverture de l’autoroute qui en est très proche.
L'autoroute Dakar-M'Bour traversant la forêt des baobabs près de Ngekhoch.L'autoroute Dakar-M'Bour traversant la forêt des baobabs près de Ngekhoch. L'autoroute a été inauguré en Janvier 2019 par le Président du Sénégal, Mr Macky Sall.
Brousse de Somone et des villages avoisinants, exemple de brousse arborée, ici dans la forêt des baobabs, en début de période sèche. Brousse de Somone et des villages avoisinants, exemple de brousse arborée, ici dans la forêt des baobabs, en début de période sèche. En zone sahélienne ou subsahélienne, on parle de forêt dés des rassemblements d’arbres assez lâches, comme c’est ici le cas pour cette forêt de baobabs qui traverse la brousse de Somone. A noter que l’arbre au premier plan est couvert de nids collectifs d’Alectos à bec blanc (White-billed Buffalo-weaver, Bubalostris Albirostris)
Brousse de La Somone et des villages environnants, un exemple de brousse arbustive à tamaris d'Afrique (Tamarix Africana).Brousse de La Somone et des villages environnants, un exemple de brousse arbustive à tamaris d'Afrique (Tamarix Africana). Le tamaris d'Afrique fait partie de la même famille (Tamaricacés) que le tamaris de nos jardins Européens. Son feuillage est également d'aspect plumeux. Il fleurit en grappes blanches (et non roses comme les variétés Européennes) qui sont rapidement couvertes de petits papillons blancs à l'allure de piérides. Ce type d'arbustes est souvent victime de coupes sauvages.
Un des nouveaux ensembles immobiliers apparus voici peu autour de la lagune, celui-ci prés de son angle Nord-Est, qu'il surplombe.Un des nouveaux ensembles immobiliers apparus voici peu autour de la lagune, celui-ci prés de son angle Nord-Est, qu'il surplombe. A noter la faible hauteur de sa façade, en conformité avec les règlements locaux qui visent à limiter l’impact visuel des nouveaux bâtiments en front de lagune.
Selon la grande surface enclose et le nombre des bâtiments, il s’agit probablement d’un lodge ou d’un hotel attendant patiemment le rush des touristes prochainement escompté. Selon la grande surface enclose et le nombre des bâtiments, il s’agit probablement d’un lodge ou d’un hotel attendant patiemment le rush des touristes prochainement escompté. L'ouverture imminente du tout proche autoroute Dakar-M'bour, avec sa sortie à Nguékokh, à moins de 10 km de la Somone, et la désaffection croissante pour la toute proche station balnéaire de Saly, où la montée du niveau de la mer a causé la disparition de la majeure partie du sable des plages, font faire de doux rêves aux professionnels du tourisme Somonais.
Peu à peu des murs de parpaings cernant d'autres vastes étendues surgissent dans différentes parties de la brousse de Somone et des villages avoisinants. Peu à peu des murs de parpaings cernant d'autres vastes étendues surgissent dans différentes parties de la brousse de Somone et des villages avoisinants. Aucune trace des murs montrés par cette photo n'existait lors de notre précédente visite au Sénégal il y a 3 mois. On peut supposer qu'ils délimitent des surfaces promises à de nouveaux lotissements.

Réserve Naturelle de Popenguine

La carte Google permet de situer Popenguine par rapport à La Somone, notre camp de base !

Carte Google de situation de Popenguine par rapport à La Somone et sa lagune.Carte Google de situation de Popenguine par rapport à La Somone et sa lagune. La commune de Popenguine est délimitée par le trait rouge. Comme le village de la Somone (situé au Sud et à l'Est de la lagune), celui de Popenguine est situé sur la côte Atlantique. Ils sont séparés par la lagune de la Somone et le village de pêcheurs Lébou de Guéreo. La masse brun sombre visible au Sud-Ouest de Popenguine correspond à la masse rocheuse surélevée qui constitue la falaise de Popenguine, sur laquelle s'étend la plus grande part de la Réserve. Elle se prolonge un peu sur la commune de Guéreo.

La petite ville côtière de Poponguine a été renommée Popenguine à l’initiative du Président Léopold Sédar Senghor dont elle était le lieu de villégiature favori. Il l’a ainsi louée dans son poème « Retour à Popenguine ». Il faut dire que tant sa plage que la haute falaise qui la borde en partie sont magnifiques. Elle est surtout connue pour le culte Marial qui y est pratiqué par les catholiques Sénégalais (10% de la population) et plus généralement de l’Afrique de l’Ouest (pèlerinage annuel à la basilique Notre Dame de la délivrance).

Popenguine, une partie de la plage, vue du pied de la falaise.Popenguine, une partie de la plage, vue du pied de la falaise. La Réserve Naturelle s'étend sur une partie de la plage et sur la zone marine attenante. La fréquentation de la plage n'en est pas moins libre.
 Popenguine: la falaise vue de la mer. Popenguine: la falaise vue de la mer. La protubérance rocheuse qui se termine par la falaise de Popenguine domine le paysage de la petite côte. On la distingue facilement depuis La Somone. Sa surface escarpée constitue la partie la plus importante de la Réserve.

Comme La Somone, Popenguine est aussi devenue grâce à ses femmes un hot spot de la biodiversité sur la petite côte Sénégalaise. Outre son ouverture sur l’océan, une grande partie de la surface communale est occupée par une forêt qui a été classée en 1936. Ce classement ne l’a que très partiellement protégée de déboisements anarchiques entrepris pour récupérer du bois de chauffe. S’y sont associés les méfaits du surpâturage et ceux de plusieurs épisodes de sécheresse. C’est dans le but de réhabiliter la zone côtière de la commune que la Réserve de Popenguine a été créée le 21 Mai 1986.

Peu après, une association réunissant 129 femmes de la commune et un seul homme s’est constituée (officialisée en 1988) pour promouvoir la protection de la Nature locale. Elle a obtenu le soutien de la Fondation Nicolas Hulot. Aujourd’hui cette association continue de gérer la Réserve, ainsi qu’un campement où des repas peuvent aussi être servis sans y loger.

Pancarte de la Réserve Naturelle de Popenguine.Pancarte de la Réserve Naturelle de Popenguine. Cette pancarte est apposée prés de la porte extérieure permettant de gagner le petit bâtiment administratif où se paient les frais d'entrée.

La Réserve occupe 1009 hectares. On peut la visiter moyennant un droit d’entrée de 2000 francs CFA. On peut aussi s’adjoindre le service d’un guide. Elle comporte une partie maritime incluant une frayère importante, et une partie terrestre (la seule visitée) qui s’étend jusqu’au village de Guereo. Dans cette partie terrestre, un plan d’eau qui se remplit à la saison des pluies, puis s’assèche progressivement, et un sentier de marche en terrain accidenté qui traverse une belle zone de savane de type Soudano-Sahélien très fleurie à la saison des pluies et un peu après.

RNP: carte Google de sa partie Nord.RNP: carte Google de sa partie Nord. La partie Nord de la partie terrestre de la RNP comporte essentiellement un plan d'eau entouré d'un anneau d'arbres et de buissons. Cet étang est alimenté par la saison des pluies, et s'assèche en quelques mois après sa fin. Il était manifestement sec lorsque la photo Google a été prise. Il persiste cependant longtemps un peu d'eau au fonds du petit canal qui permet d'évacuer le trop plein du plan d'eau vers la mer. On franchit ce canal par un petit pont peu après l'entrée dans la Réserve. C'est en contrebas de ce pont, qu'on aura souvent l'occasion d'observer nombre d'oiseaux intéressants venus s'abreuver des dernières gouttes d'eau disponibles.
RNP, carte Google de sa partie Sud.RNP, carte Google de sa partie Sud. La partie Sud de la Réserve englobe la protubérance rocheuse qui se termine à l'Ouest par la falaise de Popenguine, et une zone de savane faiblement arborée qui se continue, vers le Nord-Est, par la forêt de Popenguine. Le sentier principal suit plus ou moins le tracé d'un ruisseau à sec en saison sèche, et mène jusque une perspective sur Guéreo. Pendant la saison des pluies, et peu après, la végétation y est très riche en fleurs, couleurs et odeurs(particulièrement celle de la sauge).

Peu à peu quelques mammifères ont repris possession des lieux : un groupe de singe verts, des chacals correspondant plutôt, selon les études récentes, à des loups du Sénégal, des Porc-Epics, des Civettes. On ne voit guère que les premiers. On parle aussi d’antilopes et de hyènes mais nous n’en avons jamais vu depuis prés de 10 ans que nous visitons la Réserve.

Au plan ornithologique, de nombreuses Pintades de Numidie (celles qu’on mange en France depuis leur acclimatation) s’y sont réinstallées, quelques dizaines de Dendrocygnes veufs (White-faced whistling Duck, Dendrocygna Viduata) s’y reproduisent, ainsi que plusieurs autres espèces aquatiques et plusieurs espèces de Martin-Pêcheur et de Martin-Chasseur. On peut aussi y voir, bien sur surtout le soir mais parfois aussi de jour, tapis sous les buissons, et susceptibles de s’envoler s’ils sont dérangés l’Engoulevent à longue queue, et, plus rare, l’engoulevent à balanciers.

Dans le ciel on voit souvent d’Octobre à Février, sur ce site en bordure de mer, le Balbuzard pêcheur (Osprey, Pandion Haliaetus), mais aussi le Circaète Jean Le Blanc (Short-toed Snake Eagle, Circus Gallicus) et moins souvent, mais toute l’année, le Circaète Brun (Brown Snake Eagle, Circaetus Cinereus). Dans la savane, de nombreuses Tourterelles de plusieurs espèces, et de nombreux Calaos et Choucadors.

La Réserve est un très bon spot pour la Veuve à collier d’or(Sahel ParadiseWhydah, Vidua Orientalis), l’ Agrobate roux (Rufous-tailed Scrub-robin, Cercotrichas Galactotes), et le Traquet brun (Anteater Chat, Myrmecocichla Aethiops). Sa « spécialité » est le Bruant cannelle dont la sous-espèce locale a été rebaptisée depuis peu Bruant d’Alexander (Gosling’s Bunting, Emberiza Goslingi). On peut aussi y voir, bien sûr surtout le soir, mais parfois aussi le jour, tapis sous les buissons, ou s’en envolant silencieusement lorsqu’ils se sentent dérangés, l’Engoulevent à longue queue(Long-tailed Nightjar, Caprimulgus Climacurus), et, plus rare mais assez commun à Popenguine, l’Engoulevent à balanciers ( Standard-winged Nightjar, Caprimulgus Longipennis) (photos) .J’y ai aussi vu des poulettes de roche (Stone Partridge, Ptilopachus Petrosis).

Ci-après quelques photos d’oiseaux attrayants que nous avons rencontrés dans la Réserve de Popenguine avant le démarrage de ce site, et déjà publiées, comme la plupart de nos photos antérieures, sur le site www.oiseaux.net.

Martin-chasseur strié adulte(Striped Kingfisher, Halcyon chelicuti), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal.Martin-chasseur strié adulte(Striped Kingfisher, Halcyon chelicuti), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal. Martin-chasseurs et Martin-pêcheurs sont des oiseaux de taille le plus souvent petite et très colorés qui appartiennent au même ordre (Coraciiformes) et à la même famille (Alcedinidae). Les oiseaux des deux groupes sont d'ailleurs qualifiés par les Anglophones de "Kingfishers" (Martin-pêcheurs). Cependant, dans l'acceptation Francophone du terme, si les espèces de Martin-pêcheurs vivent généralement prés de l'eau dont elles dépendent pour leur nourriture, les Martin-Chasseurs n'en sont pas dépendants, et sont plutôt rencontrés dans la brousse où ils se nourrissent d'insectes. Le Martin-chasseur strié est le plus petit (17 cm) et le moins coloré des 4 Martin-chasseurs Sénégalais.
Martin-pêcheur pygmée juvénile(African pygmy Kingfisher, Ispidina picta), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal.Martin-pêcheur pygmée juvénile(African pygmy Kingfisher, Ispidina picta), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal. En faveur du statut juvénile, le bec noir à pointe jaunâtre, et le bleu des ailes terne. Chez l'adulte, les côtés de la tête sont colorés de violet. Contrairement à la règle décrite sous la photo précédente, ce Martin-pêcheur peu commun se comporte plutôt comme un Martin-chasseur en ce qu'on l'observe rarement prés de l'eau. Or cet oiseau et un second juvénile qui l'accompagnait ne se situaient qu'à une dizaine de mètres du plan d'eau de la RNP, dans une zone arborée. Ils attrapaient des insectes volants ou rampant en volant depuis leur perchoir.
Engoulevent à longue queue adulte (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal.Engoulevent à longue queue adulte (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), Réserve Naturelle de Popenguine, Sénégal. L'engoulevent à longue queue est relativement commun au Sénégal. Cependant, s'agissant d'un oiseau nocturne, et tenant compte de son mimétisme presque parfait avec le sol ou sa couverture de feuilles mortes, il est rarement vu. Son ronronnement monotone et soutenu, et à un moindre degré ses cris métalliques sont plus souvent entendus la nuit en période nuptiale. J'en ai cependant découvert plusieurs tapis dans le sous-bois de la RNP, et même une fois celui de cette photo allongé sur le sol d'une piste secondaire, sans autre couverture. Cet oiseau était trop confiant en son mimétisme! On remarque les fente palpébrales minimes à travers lesquelles il m'observe.
Engoulevent à longue queue (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), RNP, Sénégal. Engoulevent à longue queue (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), RNP, Sénégal. Ce cliché montre bien le profil caractéristique de cet engoulevent, dont la longueur de la queue saute aux yeux aussi bien sur le sol qu'au vol. Noter aussi les deux barres alaires claires, qui aident à l'identification au vol. De nouveau on voit bien l'oeil à peine entrouvert, de façon à pouvoir s'envoler au dernier moment en cas de danger. Mais s'il n'est pas rare de trouver cet oiseau sur le sol au dessous d'un buisson ou d'un bosquet, il est tout à fait exceptionnel de l'observer à découvert comme sur cette photo.
Engoulevent à longue queue au vol (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), RNP, Sénégal.Engoulevent à longue queue au vol (Long-tailed nightjar, Caprimulgus climacurus), RNP, Sénégal. Sur cette photo exceptionnelle, on note, de nouveau le profil de cet engoulevent, rendu très caractéristique par sa longue queue. Noter aussi les deux barres blanches sur chaque aile.
Engoulevent à balanciers au vol(Standard-winged nightjar, Caprimulgus longipennis),Marigot de Keur Walid, Région de Kaolack, Sénégal.Engoulevent à balanciers au vol(Standard-winged nightjar, Caprimulgus longipennis),Marigot de Keur Walid, Région de Kaolack, Sénégal. Bien qu'on puisse assez régulièrement observer l'engoulevent à balanciers à Popenguine, nous n'avons jamais réussi à l'y photographier. Ce qui explique que la photo illustrant cette espèce ait été prise sur un autre site, dans une savane arbustive à tamaris bordant un marigot. La caractéristique de cet oiseau est la présence sur chaque aile du mâle d'une rémige démesurément allongée, à rachis (tige) nue, hormis à son extrémité où elle s'élargit sous la forme d'une palette noire.

Région de Kaolack-Ndiafatte

Kaolack, chef-lieu de la région de Kaolack, est la cinquième ville du Sénégal par sa population (570000 habitants). Elle est située au Sud-Est de Dakar (distance 140km) et de Somone (157 km), à la croisée des chemins qui mènent via Kaffrine au Sud-Est du Sénégal (Tambacounda, Kédougou et le Parc National du Niokolo Koba), et via N’Dofan puis le nouveau pont Farafenni à la Gambie, et au delà à la Casamance.

Carte de la région Centre-Ouest du Sénégal centrée par Kaolack et Ndiaffate.Carte de la région Centre-Ouest du Sénégal centrée par Kaolack et Ndiaffate. En vert le fleuve Saloum sur la berge duquel Kaolack est bâtie. On le voit ensuite longer Ndiafatte, puis se diviser en une myriade de chenaux circonscrivant autant d'iles et constituant le Delta du Saloum et son Parc National. En bas de la carte la Gambie, un pays anglophone centré par le fleuve du même nom, qui sépare la partie Centre-Ouest du Sénégal de sa partie Sud, la Casamance.

La ville de Kaolack n’a pas beaucoup de charme, hormis le fait d’être construite sur le fleuve Saloum, et de constituer l’une des principales portes d’entrée de la région du Delta du Saloum et de son magnifique Parc National. On peut aussi aimer, et c’est notre cas, son extraordinaire (jugement personnel !) marché traditionnel quotidien, animé par une foule de locaux, qui s’enfonce dans des vieilles rues de la ville.

Une rue du marché de Kaolack.Une rue du marché de Kaolack.
Dans un recoin du marché de Kaolack.Dans un recoin du marché de Kaolack.
Transport de fourrage jusqu'au marché de KaolackTransport de fourrage jusqu'au marché de Kaolack La piste a été macadamisée depuis peu!
De retour du marché de Kaolack dans et sur le taxi-brousse.De retour du marché de Kaolack dans et sur le taxi-brousse. Image typique des multiples taxis-brousse sillonnant le Sénégal, surchargés en personnes, dont plusieurs voyagent régulièrement sur la marche arrière du minibus, et en colis et autres bagages de toutes sortes, quand un mouton ou un veau aux pattes liées ne couronne pas le tout !

Grace à son port, la ville est aussi, de longue date, un centre d’acheminement et d’exportation de l’arachide produite dans la région, ainsi que du sel recueilli dans les marais salants qui longent le Saloum, et aujourd’hui de façon plus industrielle, dans la « Salt Production Area and Shipping » (zone de production d’expédition du sel) de la ville de Kaolack elle-même.

Carte Google situant Kaolack et sa zone de production et d'exportation du sel, et Ndiaffate avec son ile Kousmar circonscrite par un bras du Saloum.Carte Google situant Kaolack et sa zone de production et d'exportation du sel, et Ndiaffate avec son ile Kousmar circonscrite par un bras du Saloum. Noter aussi non loin de la zone de production et exportation du sel Koutal, sa forêt et son marigot qui accueille entre autres des cigognes noires au cours de leur migration d'hiver.
Kaolack: la "montagne de sel" au bord du Saloum, au niveau de la zone d'exportation du sel de la saline industrielle.Kaolack: la "montagne de sel" au bord du Saloum, au niveau de la zone d'exportation du sel de la saline industrielle. La photo est prise depuis la berge opposée du Saloum, de la terrasse de l'hotel "le relais de Kaolack".

Mais en contrepartie, cette ville que d’aucuns ont surnommé Cradolack, est considérée, non sans raison, comme la ville la plus sale du Sénégal par l’accumulation de détritus et plastiques qu’aucun service de voirie ne semble ramasser. En réalité un comité d’habitants de la ville est en train d’organiser un service de « charrettes » pour lutter contre ce problème. Au Sénégal on qualifie de « charrette » les petites carrioles tirées par des chevaux ou plus souvent des ânes, qui assurent une grande partie des transports de matériaux, ainsi que le ramassage des poubelles lorsqu’il en existe un, et aussi le transport des personnes dans les régions rurales, voire celui des touristes comme autour de la lagune de la Somone (la charrette est alors rebaptisée « calèche » !).

L’intérêt naturalistique de cette région, dont on peut déjà se faire une bonne idée tout au long de sa traversée par la route reliant Kaolack à Sokone (lien avec photo carte Google 1), repose principalement sur 2 éléments :

- Avant tout, l’ile de Kousmar, située sur le territoire de la commune de Ndiaffate et délimitée par un méandre du Saloum et des marigots qui lui sont reliès. Cette ile de Kousmar est occupée par la forêt du même nom, et a la particularité d’héberger pendant une grande partie de notre hiver Européen un dortoir réunissant chaque soir des dizaines de milliers de petits rapaces, Faucons Crécerellette (Lesser Kestrel, Falco Naumanni) et Elanions Naucler (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), ces derniers observés beaucoup plus rarement que sur ce site.

Nous avons assisté plusieurs fois au spectacle extraordinaire du retour de ces oiseaux à leur dortoir. Après s’être acquis les services d’un jeune guide local au niveau de Ndiaffate Sérère ou de Ndiafatte Socé (en zone rurale, les villages sont constitués de hameaux nommés d’après l’ethnie des habitants qui s’y sont regroupés), et traversé non sans quelques difficultés la zone boueuse qui entoure le bras du Saloum, on traverse ce bras vers 16h sur une pirogue des plus rustiques, accroupi et se tenant à ses flancs, faute de siège.

Les enfants du village de Ndiaffate Sérère.Les enfants du village de Ndiaffate Sérère. Lorsque vous allez chercher votre guide à Ndiaffate Sérère, les enfants vont certainement s'agglutiner autour de vous. Ils n'ont pas tant de distractions que ça! Contrairement à beaucoup d'autres endroits ils sont gentils et polis, et bien sur toujours prêts à une photo, d'autant plus si, comme avec nous, ils savent qu'ils seront récompensés par un paquet de biscuits!
On a retrouvé la pirogue de l'Espace Naturel Communautaire, et le photographe photographié!On a retrouvé la pirogue de l'Espace Naturel Communautaire, et le photographe photographié! En Afrique, il ne faut pas être trop pressé! La notion du temps n'est pas la même. Ce jour là un villageois avait emprunté la pirogue de l'Espace Naturel, dédiée aux visiteurs (il n' existe que deux pirogues pour tout le village), pour aller couper des roseaux sur l'ile. Mais après une heure et demi, la pirogue a été retrouvée. Pas de quoi fouetter un chat! A noter qu'on distingue bien sous mes pieds la couche de sel qui recouvre la tanne vive. Et au delà du marigot de Ndiaffate, rattaché au Saloum, on aperçoit la tanne de l'ile Kousmar.
Sonko traverse le marigot de Ndiaffate sur la pirogue de l'Espace Naturel Communautaire.Sonko traverse le marigot de Ndiaffate sur la pirogue de l'Espace Naturel Communautaire. C'était lors de notre première visite à l'ile de Kousmar (Février 2015), et c'était notre ami Sonko qui nous y avait amenés. Sonko est un ornithologue Sénégalais très réputé, ex responsable de la Réserve Naturelle de la Somone, qui s'est converti au job de guide privé après sa prise de retraite. Derrière lui notre guide local, portant le tromblon que je me trimballais à l'époque (le 300-800 de Sigma qui m'a rendu bien des services). Noter à l'arrière plan l'étendue de la tanne vive de Ndiaffate, et le sel luisant qui la recouvre.

A notre arrivée sur la tanne de l’ile de Kousmar, les premiers arrivés, des Elanions Naucler, sont déjà sur place, magnifiques oiseaux ressemblant à de grosses hirondelles blanches et gris argent, qui tournent longuement au-dessus de l’ile avant de se percher. Les Faucons Crécerellette commencent à arriver plus tard.

Elanion Naucler adulte (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal.Elanion Naucler adulte (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. Chaque hiver plus de 20000 Elanions naucler établissent un dortoir sur une ile du delta du fleuve Saloum, l'ile de Kousmar, conjointement à un nombre équivalent de faucons crécerellette. Ces milliers d'oiseaux rejoignent l'ile chaque fin d'après-midi pour y passer la nuit. Selon Simon Cavaillès, ces nombres auraient toutefois diminué en 2018. Noter sur cette photo les tâches carpiennes noires, caractéristiques de l'adulte.
Elanions Naucler adultes  (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal.Elanions Naucler adultes (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. Noter les tâches carpiennes sombres, spécifiques de l'adulte. Comme sur plusieurs des photos suivantes, la coloration roussâtre d'une partie du corps est liée à la réflexion du soleil couchant sur le plumage. Dans les conditions d'éclairage plus habituelles, le dessous de l'adulte est blanc (mais celui du juvénile est roussâtre).
Elanion Naucler en plumage de transition (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal.Elanion Naucler en plumage de transition (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. L'Elanion naucler juvénile se distingue de l'adulte par la couleur rousse et non blanche de son ventre, un dos également lavé de roux, l'absence des tâches carpiennes noires, très visibles chez l'adulte, et une queue courte, à tendance carrée, alors que celle de l'adulte es longue et profondément échancrée. Dans le cas présent, on observe un début d'apparition des tâches carpiennes, et une queue de longueur moyenne, déjà échancrée, évoquant un sujet en cours de transition adulte
Elanions Naucler rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar en fin d'après-midi, Ndiaffate, Sénégal. Elanions Naucler rentrant au dortoir de l'ile de Kousmar en fin d'après-midi, Ndiaffate, Sénégal. Deux adultes et un juvénile en fin de phase de transition adulte, en haut et à gauche, selon ses tâches carpiennes pas encore tout à fait complètes.
Faucon crécerellette (Lesser Kestrel, Falco naumanni), mâle adulte rentrant au dortoir de l'ile Kousmar en début de soirée, Ndiaffate, Sénégal.Faucon crécerellette (Lesser Kestrel, Falco naumanni), mâle adulte rentrant au dortoir de l'ile Kousmar en début de soirée, Ndiaffate, Sénégal. Mâle adulte selon sa tête et la queue grise. En nombre sensiblement égal à celui des Elanions Naucler, les Crécerellettes rentrent plus tard au dortoir, et le quittent plus tôt. Pour cette raison notre guide favori Makha Diawara les compare non sans humour aux "toubabs", les blancs, qui partent tôt au boulot et en rentrent tard, alors que les Elanions Naucler qui rentrent tôt et partent tard le matin seraient plutôt de vrais Sénégalais!

Peu à peu la masse des oiseaux grossit, ils grouillent dans le ciel et commencent à se poser sur de grands arbres, le plus souvent des baobabs, tout blancs par l’accumulation de leurs fientes. Régulièrement quelques oiseaux s’affolent, poussent un cri d’alarme, et plusieurs centaines sinon milliers s’envolent de leurs perchoirs dans un vacarme impressionnant, avant de progressivement revenir se poser sur les mêmes arbres.

Elanions Naucler (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii) survolant l'ile de Kousmar en début de soirée avant de se percher dans sa forêt, Ndiafatte, SénégalElanions Naucler (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii) survolant l'ile de Kousmar en début de soirée avant de se percher dans sa forêt, Ndiafatte, Sénégal Nous sommes depuis une heure trente sur la tanne de l'ile de Kousmar, à une centaine de mètres de sa forêt, et le ciel est maintenant rempli d'élanions Naucler qui effectuent un ballet impressionnant. Les Crécerellettes ont par contre gagné directement les arbres sur lesquels ils vont passer la nuit. A leur tour les Naucler commencent à se percher.
Elanions Naucler rassemblés avec quelques Faucons Crécerellette au sommet d'un grand baobab pour y passer la nuit, Ile de Kousmar, Ndiafatte.Elanions Naucler rassemblés avec quelques Faucons Crécerellette au sommet d'un grand baobab pour y passer la nuit, Ile de Kousmar, Ndiafatte. A l'approche du crépuscule, la plupart des élanions et des faucons ont trouvé leur place au sommet d'arbres souvent très volumineux, comme ici ce grand baobab.
Envol de centaines d'Elanions Naucler et de Faucons Crécerellette de leur dortoir de l'ile Kousmar, suite à une fausse alerte émise par quelques oiseaux plus stressés, Ndiaffate, Sénégal.Envol de centaines d'Elanions Naucler et de Faucons Crécerellette de leur dortoir de l'ile Kousmar, suite à une fausse alerte émise par quelques oiseaux plus stressés, Ndiaffate, Sénégal. De nombreux envols aussi spectaculaires se succèdent régulièrement en divers points de la forêt, comme des explosions projetant dans le ciel des centaines voire des milliers d'oiseaux, jusqu'à ce que tout ce petit monde se calme avec la tombée de la nuit. La présence d'observateurs ne semble pas les influencer pour peu que ceux-ci se tiennent à distance suffisante et ne s'agitent pas.
Elanions Naucler (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii) s'apprétant à passer la nuit sur un grand baobab à l'orée de la forêt de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal.Elanions Naucler (Scissor-tailed kites, Chelictinia riocourii) s'apprétant à passer la nuit sur un grand baobab à l'orée de la forêt de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. Ces quelques oiseaux ont choisi de se percher dans une zone moins surpeuplée et donc plus calme, à l' Ouest de la forêt. Ils y bénéficient des derniers rayons du soleil. Un grand oiseau (grand rapace ou héron) survole le baobab tandis que le dortoir s'apaise. Il est temps de partir.

On peut aussi revenir au dortoir en tout début de matinée. Généralement les Faucons Crécerellette sont déjà partis pour rejoindre leur territoire de chasse, car ce sont des lève-tôt. Mais si l’on n’a pas trop tardé, les Elanions Naucler sont encore sur leurs arbres qu’ils constellent comme des décorations de Noêl. Probablement sont-ils encore figés par le froid de la nuit, et ont-ils besoin d’une durée suffisante d’exposition au soleil pour recouvrer leurs forces et leur esprit, car tôt dans la matinée on peut les approcher de relativement prés sans qu’ils s’envolent.

Elanions Naucler (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii) encore présents sur leur dortoir de l'ile de Kousmar vers 8h du matin (photo prise en Décembre).Elanions Naucler (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii) encore présents sur leur dortoir de l'ile de Kousmar vers 8h du matin (photo prise en Décembre). On voit qu'à ce moment de la journée les Nauclers peuvent être approchés relativement prés (photo tout de même prise avec un objectif de 800 mm) sans paraitre dérangés. Beaucoup sont serrés les uns aux autres, probablement pour lutter contre la fraicheur nocturne puis matinale.
Elanions naucler sur leur dortoir de l'ile de Kousmar en début de matinée.Elanions naucler sur leur dortoir de l'ile de Kousmar en début de matinée. Ces deux là paraissent vraiment frigorifiés, spécialement celui de gauche, qui s'ébroue. L'envol tardif de ces oiseaux s'explique probablement par le besoin qu'ils ont d'être d'abord suffisamment réchauffés par les rayons du soleil pour prendre leur essor et franchir la distance souvent importante qu'il leur faut parcourir pour une zone encore riche en insectes. Toujours est-il qu'on n'en voit pratiquement jamais pendant la journée dans les environs de Ndiaffate.
Elanions Naucler en début de matinée à leur dortoir  de l'ile Kousmar, maintenant prêts au départ.Elanions Naucler en début de matinée à leur dortoir de l'ile Kousmar, maintenant prêts au départ. Leur envol n'a pas tardé, en groupes compacts, et après avoir tourné quelques minutes au dessus du dortoir, les élanions ont filé dans toutes les directions.
Elanions Naucler encore présents en début de matinée sur leur dortoir de l'ile Kousmar, Ndiaffate, Sénégal (Décembre 2016).Elanions Naucler encore présents en début de matinée sur leur dortoir de l'ile Kousmar, Ndiaffate, Sénégal (Décembre 2016). Nouvelle visite un an plus tard . Les Naucler sont de nouveau là dans leur splendeur, prêts à décoller. Les Crécerellettes avaient aussi passé la nuit sur le dortoir, mais ils sont plus difficiles à voir sur leurs perchoir car ils dorment dans un secteur qu'on ne peut approcher sans risque important de dérangement. Et de toutes façons ils étaient déjà partis à l'heure où nous sommes arrivés sur l'ile Kousmar. Nous en avions d'ailleurs rencontrés de nombreux petits groupes en venant de Kaolack, filant à faible hauteur vers des zones probablement éloignées où ils savaient trouver encore des insectes à consommer..
Pelote de rejection d'un Elanion Naucler (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), Ile de Kousmar, Ndiaffate.Pelote de rejection d'un Elanion Naucler (Scissor-tailed kite, Chelictinia riocourii), Ile de Kousmar, Ndiaffate. Le sous-bois de la forêt de Kousmar est jonché de ces pelotes de rejection, ici récoltée dans le secteur des élanions. Ces pelotes contiennent tous les éléments non digestibles des proies qu'a consommé un oiseau. Il les régurgite périodiquement. Pour ces oiseaux insectivores il s'agit surtout de fragments de chitine, mais on peut aussi y trouver quelques os de micromammifères. L'étude des pelotes de rejection permet de découvrir le régime alimentaire de l'oiseau concerné.
Après les élanions, le petit-déjeuner traditionnel à Ndiafatte Sérère.Après les élanions, le petit-déjeuner traditionnel à Ndiafatte Sérère. Traditionnellement Sénégalais car, assis ou plutôt coincé sur le seul siège du "restaurant", une table d'écolier démantibulée, j'attends le petit déjeuner traditionnel du pays, le sandwich Mdambé, rempli de haricot cuits mélangés à une pâte de tomate épicée que la tenancière, de dos, est en train de me préparer, tout en buvant mon café Touba, très fort, et dont les vertus stimulantes sont encore renforcées par l'adjonction de poivre et d'autres épices. Traditionnel aussi puisque nous l'avons pris là chaque fois que nous sommes allés voir les élanions le matin, car c'était l'occasion d'ajouter quelques sous à la cagnotte communautaire de ce village qui s'essaie à s'ouvrir au tourisme. En tous cas couleur locale garantie. A noter notre guide Mahra, assis de face à côté des enfants venus assister au spectacle peu courant d'un couple de toubabs dans leur petit restaurant.

On peut observer bien d’autres oiseaux sur l’ile de Kousmar, bien qu’on y vienne essentiellement pour les Crécerellettes et les élanions naucler. Nous y avons particulièrement remarqué des guêpiers d’ Orient, une espèce que nous n’avions jamais rencontrée plus au nord du Sénégal, ainsi qu’à plusieurs reprises, et la première fois avec l’aide de Simon Cavaillés, un rare Faucon de Barbarie.

Guêpier d'Orient adulte (Green bee-eater, Merops orientalis), Ile de Kousmar, Ndiaffate, Région de Kaolack, Sénégal. Guêpier d'Orient adulte (Green bee-eater, Merops orientalis), Ile de Kousmar, Ndiaffate, Région de Kaolack, Sénégal. Le guêpier d'Orient est l'un des plus petits guêpiers. Son profil est caractéristique par sa longue queue prolongée par de longs filets. On l'observe aussi bien en Asie qu'en Afrique.
Faucon de Barbarie (Barbary falcon, Falco pelegrinoides),subadulte (2ème année), Ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. Faucon de Barbarie (Barbary falcon, Falco pelegrinoides),subadulte (2ème année), Ile de Kousmar, Ndiaffate, Sénégal. Le Faucon de Barbarie est différencié de son cousin le Faucon pélerin auquel il ressemble beaucoup par le dessus gris-bleu plus clair, la nuque roussâtre (mal vue sur ce cliché de profil mais évidente sur d'autres photos du même individu, non présentées car floues), la nuance rouille (en plumage frais) ou jaune beigeâtre (en plumage usé) du dessous, dont les barres sont aussi moins marquées, la surface plus étendue de la tâche claire occupant la joue, et l'épaisseur moindre de la moustache. Dans ce cas particulier l'identification a été confirmée par Simon Cavaillès qui observait cet oiseau depuis son arrivée sur l'ile de Kousmar et a assisté à l'évolution de son plumage du stade juvénile au stade subadulte.

Il est aussi possible de passer la nuit sur l’ile et d’y dormir à la belle étoile, ou sous une tente qu’on apportera, bien sûr sous le contrôle d’un guide. Cela donnerait une bonne chance d’y observer, ou au moins d’y entendre, des Hyènes tâchetées ( Spotted hyena, Crocuta, crocuta) et peut-être, avec énormément de chance, de voir un Serval ( Serval, Felis Serval), petit félin tacheté à queue courte, dont la présence inattendue sur l’ile n’a été révélée que récemment, par la pose de pièges photographiques. La survie de ces deux mammiféres sur l’ile de Kousmar, alors qu’ils ont été exterminés de la région environnante, s’explique par le caractère sacré de cette ile pour les villageois de Ndiaffate. Elle est inhabitée, et ils s’y rendent peu, uniquement le jour (l’activité des deux mammifères sus-décrits est essentiellement nocturne), et seulement pour y récolter des roseaux que beaucoup utilisent encore pour construire le toit de leurs habitations.

Récolte des roseaux sur l'ile de Kousmar, et leur acheminement en pirogue jusqu'au village de Ndiaffate.Récolte des roseaux sur l'ile de Kousmar, et leur acheminement en pirogue jusqu'au village de Ndiaffate. Cette photo a été prise en saison sèche (Mars 2017), depuis la tanne vive de Ndiaffate. De nouveau on distingue la croute blanchâtre du sel qui recouvre le sable. De l'autre côté du marigot, les bottes de roseaux récolté. C'est manifestement la même pirogue qui sert pour les visiteurs de l'ile et pour les villageois. De l'autre côté de l'eau la tanne de l'ile Kousmar et au fonds sa forêt.
Transport des roseaux coupés sur l'ile de Kousmar à travers la tanne vive de Ndiaffate, Région de Kaolack.Transport des roseaux coupés sur l'ile de Kousmar à travers la tanne vive de Ndiaffate, Région de Kaolack. La poursuite de l'acheminement se fait à pied. Ce cliché donne une idée de l'immensité de la tanne vive de Ndiaffate, comme de celles de beaucoup d'autres, et de sa blancheur liée à sa croute de sel. Au loin la ligne bleue du marigot de Ndiaffate.

-Les autres éléments intéressants au plan naturaliste dans la région de Kaolack-Ndiafatte sont ses biotopes particuliers alternant tannes et zones humides, qui occupent la plus grande partie de sa surface, ainsi que la faune aviaire qu’ils hébergent. Ces éléments ne sont toutefois pas spécifiques de cette région puisqu’on les retrouve dans tout le delta du Saloum.

Ces zones humides sont le plus souvent rattachées aux multiples bras du Saloum, et dans ce cas remplies d’eau salée car deux fois par jour, à marée montante, la mer reflue dans le réseau fluvial du Saloum jusqu’à plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres . Aux marigots salés que remplit ainsi régulièrement le fleuve s’ajoutent, pendant et quelques mois après la saison des pluies, des marigots d’eau douce, préférée par certains oiseaux comme les Cigognes noires.

Les tannes sont des étendues souvent vastes et généralement arides (tannes vives) faites de sable recouvert du sel laissé par le recul de l’eau salée à marée descendante. Nous avons abondamment illustré plus haut celles de Ndiafatte et de l’ile de Kousmar. C’est aussi sur ces étendues que sont installés les nombreux marais salants de cette région.

Dans les espaces humides de la région des tannes, on peut particulièrement observer, pour les oiseaux les plus courants, de nombreux Dendrocygnes veufs, des Oies de Gambie, des Pélicans blancs et des Pélicans gris, d’innombrables Hérons Garde-bœufs et Vanneaux du Sénégal ou éperonnés, des Aigrettes, de nombreux types de limicoles , des Echasses blanches et desAvocettes élégantes, ainsi que des Cigognes noires que nous avons plusieurs fois recherchées dans cette région au cours de leur migration hivernale afin de tenter d’en photographier les éventuelles bagues. On en observe plus particulièrement entre Kaolack et Ndiaffate. Cependant elles affectionnent les marigots non salés, et probablement pour cette raison disparaissent de la région lorsque ceux-ci s’assèchent à la fin de l’année.

Avocettes élégantes (Pied avocets, Recurvirostra avosetta) se nourrissant dans un petit marigot au milieu de tannes, Keur Walid Ndiaye, Région de Kaolack, Sénégal.Avocettes élégantes (Pied avocets, Recurvirostra avosetta) se nourrissant dans un petit marigot au milieu de tannes, Keur Walid Ndiaye, Région de Kaolack, Sénégal. Spectacle bucolique à quelques dizaines de mètres seulement de la route Kaolack-Sokone, sur les côtés de laquelle les marigots abondent encore.
Pélicans blancs (Great white pelican, Pelecanus onocrotalus) marigot de Koutal, Région de Kaolack, Sénégal.Pélicans blancs (Great white pelican, Pelecanus onocrotalus) marigot de Koutal, Région de Kaolack, Sénégal. Encore une jolie scène naturelle accessible à seulement environ 300 m de la route Kaolack-Sokone, peu après la sortie de Kaolack. Outre les nombreux Pélicans blancs, on peut dénombrer sur cette même photo 4 grandes aigrettes, 7 aigrettes garzette, et 2 Cigognes noires dont une juvénile au vol. Il y en avait bien d'autres en dehors du champs de ma camera.
Cigognes noires (Black storks, Ciconia nigra), 2 adultes et un juvénile, marigot de Koutal, région de Kaolack, Sénégal. Cigognes noires (Black storks, Ciconia nigra), 2 adultes et un juvénile, marigot de Koutal, région de Kaolack, Sénégal. Le juvénile se trouve au premier plan, reconnaissable à sa couleur brune plutôt que noire éclatante avec des reflets violets comme chez l'adulte. On distingue aussi dans le champs de ma caméra deux grandes aigrettes et une aigrette garzette. Cette photo a été prise début Décembre 2016, alors que nous avions dénombré plus de 20 cigognes noires sur le site. Fin Décembre, les marigots d'eau non salée étaient à sec, et les cigognes noires avaient quitté la région.

La région est également riche en rapaces, et, outre les Elanions Nauclair et les Faucons Crécerellette et de Barbarie déjà mentionnés, nous y avons particulièrement observé quelques Faucons Kobez (Red-footed falcon, Falco vespertinus), des Aigles ravisseurs (Tawny eagle, Aquila rapax), plusieurs espèces de Circaètes dont un Circaète brun (Brown snake-eagle, Circaetus cinereus) et surtout, en Décembre 2015, un Circaète de Beaudouin (Beaudouin’ Snake-Eagle, Circaetus Beaudouini), beaucoup moins souvent rencontré, enfin plusieurs espèces de vautours dont le Vautour Charognard (Hooded vulture, Necrosyrtes monachus), le vautour plus souvent rencontré au Sénégal avec le Vautour Africain

Circaète de Beaudouin (Beaudouin's snake eagle, Circaetus Beaudouini), adulte probablement femelle planant au dessus de Keur Samba Haan à la recherche de serpents à consommer.Circaète de Beaudouin (Beaudouin's snake eagle, Circaetus Beaudouini), adulte probablement femelle planant au dessus de Keur Samba Haan à la recherche de serpents à consommer. L'élément distinctif principal de cette espèce, par rapport au circaète Jean le Blanc, est constitué par la présence de barres sombres régulières au niveau du ventre et, principalement chez la femelle, de la poitrine. Ces barres sont plus fines chez la femelle, et manquent sur une surface plus grande de la poitrine chez le mâle. Il s'agissait donc a priori ici d'une femelle, longuement observée à moins de 100 m de la route Kaolack-Sokone alors en travaux de réfection.
Circaète de Beaudouin (Beaudouin's snake eagle, Circaetus Beaudouini), adulte probablement femelle planant au dessus de Keur Samba Haan à la recherche de nourriture.Circaète de Beaudouin (Beaudouin's snake eagle, Circaetus Beaudouini), adulte probablement femelle planant au dessus de Keur Samba Haan à la recherche de nourriture. Il s'agit pour l'instant du seul individu de cette espèce que nous ayons observé au Sénégal (et d'ailleurs où que ce soit d'autre).
Vautours charognards (Hooded vultures, Necrosyrtes monachus) se repaissant du cadavre d'un chevreau tué par une voiture. Vautours charognards (Hooded vultures, Necrosyrtes monachus) se repaissant du cadavre d'un chevreau tué par une voiture. Au Sénégal beaucoup d'animaux domestiques errent encore en toute liberté, et causent de ce fait beaucoup d'accidents, parfois très graves. Il est donc courant de trouver leurs cadavres sur les bas côtés des grandes routes, et des vautours s'en repaissant. Le Vautour charognard est l'une des espèces qui restent les plus abondantes dans une période de diminution généralisée des vautours en Afrique comme partout ailleurs dans le monde. On reconnait facilement les adultes à leur tête presque complétement nue, et recouverte d'une peau particulièrement vascularisée et donc rouge.
Vautour charognard (Hooded vulture, Necrosyrtes monachus), adulte au vol, Sénégal.Vautour charognard (Hooded vulture, Necrosyrtes monachus), adulte au vol, Sénégal.

Parmi les espèces peu courantes, nous avons aussi observé dans cette région des Bucorves d’Abyssinie (Abyssinian Ground Hornbill, Bucorvus Abyssinicus), ainsi que des Engoulevents à longue queue et, plus rare, des Engoulevents à balancier (Standard-winged Nightjar, Caprimulgus longipennis).

Couple de Bucorves d'Abyssinie (Abyssinian ground Hornbills, Bucorvus Abyssinicus) perchés dans une zone forestière du Sénégal.Couple de Bucorves d'Abyssinie (Abyssinian ground Hornbills, Bucorvus Abyssinicus) perchés dans une zone forestière du Sénégal. Ces gros oiseaux (longueur moyenne 1 mètre) font partie de la famille des calaos dont ils sont les plus gros représentants. La peau de leur face et de leur cou est nue, colorée de rouge chez le mâle et de bleu chez la femelle. On les appelle souvent "Calaos de terre", car leur activité est principalement terrestre, mais ils volent aussi très bien. Bien que leur nombre soit en forte diminution, il n'est pas rare d'en voir sur les côtés de la route Kaolack-Sokone, ou dans la forêt de Vélor.
Engoulevent à balanciers (Standard-winged nightjar, Caprimulus longipennis), marigot de Keur Walid Ndiaye, Région de Kaolack, SénégalEngoulevent à balanciers (Standard-winged nightjar, Caprimulus longipennis), marigot de Keur Walid Ndiaye, Région de Kaolack, Sénégal Photo de cet oiseau nocturne prise de jour. Cet engoulevent a été dérangé accidentellement par notre traversée de la brousse à tamaris dans laquelle il se reposait en attendant la nuit. On voit derrière lui la silhouette toute en dentelle d'une branche de tamaris. Des engoulevents à longue queue coexistaient au même endroit, le long d'un marigot rattaché au système fluvial du Saloum.
Engoulevent à balanciers au vol(Standard-winged nightjar, Caprimulgus longipennis),Marigot de Keur Walid, Région de Kaolack, Sénégal.Engoulevent à balanciers au vol(Standard-winged nightjar, Caprimulgus longipennis),Marigot de Keur Walid, Région de Kaolack, Sénégal. Bien qu'on puisse assez régulièrement observer l'engoulevent à balanciers à Popenguine, nous n'avons jamais réussi à l'y photographier. Ce qui explique que la photo illustrant cette espèce ait été prise sur un autre site, dans une savane arbustive à tamaris bordant un marigot. La caractéristique de cet oiseau est la présence sur chaque aile du mâle d'une rémige démesurément allongée, à rachis (tige) nue, hormis à son extrémité où elle s'élargit sous la forme d'une palette noire.
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